Grèce : histoires clandestines

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Grèce : histoires clandestines

Message  kostas66 le Lun 19 Jan - 21:30:43



Ce sont les matraques des policiers qui m’accueillent tout d’abord ; elles n’ont pas servi, c’est évident, mais elles sont au repos sur le mur, prêtes à répondre à toute tentative de rébellion. « Ici, ce sont les Égyptiens », commence à me dire la responsable de la sécurité. C’est la chambre qui fait l’angle, celle dans laquelle j’avais dormi autrefois. Aujourd’hui, pas de lit, et les matelas sont posés à même le sol, sans draps. « Nous craignons qu’ils ne les utilisent pour se faire la belle par le balcon ».
Les Égyptiens sont vraisemblablement nerveux, ils me regardent avec méfiance. « Ils savent qu’ils seront expulsés sous peu, parce nous collaborons efficacement avec leur ambassade. Du coup, l’argent qu’ils ont donné aux passeurs est perdu ». Les Pakistanais manifestent une joie presque enfantine. Ce sont eux qui me saluent en premier et ils cherchent un prétexte pour engager la conversation.« Chez eux c’est la guerre, nous ne pouvons pas les expulser. Ils vont sûrement être transférés à Athènes ». Les Indiens me reçoivent tête baissée, tout en observant chacun de mes gestes. Je fais un clin d’œil au premier qui me regarde, il me répond par un sourire. « Ils disent tous venir du Cachemire. Sûrement qu’eux non plus, on ne pourra pas les expulser du fait des troubles que connaît leur région ».
« Et vous, qu’est-ce que vous dites de cela ? » Un des policiers m’aborde dans le couloir. Son mécontentement transparaît sur son visage : au lieu de poursuivre des ‘méchants’ sur la plage, il reste enfermé au troisième étage d’un hôtel, en compagnie d’hommes basanés, même pas chrétiens. « Et, vous savez, ils prient toute la journée », me dit-il, accompagnant ce propos d’un regard dur vers la chambre des Égyptiens. Pour ne pas avoir à lui répondre, je salue d’un signe de tête tous ceux qui me regardent – c’est-à-dire tout le monde – et je m’engouffre dans l’ascenseur. Je suis pressé de faire le chemin qui me sépare de ma chambre, sur la plage.
Odyssée
Je parviens à dégager, plus vite que je ne le pensai, mon ordinateur du coin où je l’avais fourré. Les informations disponibles sur les sites Internet locaux sont un peu dispersées, mais j’arrive sans difficulté à reconstituer le puzzle.
Samedi 2 août, à deux heures du matin, un bateau de 18 mètres en difficulté a été localisé par la salle de contrôles du ministère de la Marine marchande, un peu après Elafonisi. De loin, on eût dit un voilier, mais son mât était faux, uniquement destiné à tromper les garde-côtes. Ce n’était qu’une « boîte » faite de tôles dont le moteur était prêt à rendre l’âme. À l’avant et à l’arrière, des fissures par où l’eau s’infiltrait.
Finalement, le bateau a pu être remorqué par la police portuaire jusqu’au refuge des bateaux de pêche de Chrysoskalitissa. C’est là que les policiers ont découvert 70 personnes, sous un amoncellement d’ordures, de restes de repas, d’eaux et d’excréments. Des Égyptiens, des Pakistanais et des Indiens, entre 20 et 40 ans. A priori, aucun d’eux ne savait nager, ce qui veut dire que si la police portuaire était arrivée un peu plus tard, ils se seraient tous noyés. L’appareillage avait eu lieu sept ou huit jours avant, en Égypte. Les Pakistanais et les Indiens ont été embarqués en Turquie, et c’est ainsi qu’ils sont arrivés tous ensemble au sud de la Crète. Pendant trois jours, ces immigrés ont été logés dans une école primaire. Là, ils ont reçu la visite de médecins, d’avocats, et de volontaires travaillant pour une association d’aide aux immigrés.

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