Grèce : les forêts du mont Hymette succombent à l’urbanisation d’Athènes

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Grèce : les forêts du mont Hymette succombent à l’urbanisation d’Athènes

Message  kostas66 le Lun 19 Jan - 21:32:39



74 ans après avoir été déclarés « domaine de reboisement », les 8 hectares du mont Hymette (Sud-Est d’Athènes) sont aujourd’hui surveillés par un seul (!) garde forestier ! L’Eglise et des particuliers continuent d’y revendiquer des domaines immenses, les maires des différentes communes d’y entreposer des pelleteuses, d’y installer des cimetières, des stades, des théâtres et tout ce qui ne peut être contenu dans le tissu urbain d’Athènes. (…) Les services d’urbanisme du district ferment les yeux, ce qui a favorisé le développement de huit hameaux, plus ou moins grands, au sein d’une zone hautement protégée.
Le cas de l’ancien ministre du Travail, Vassilis Maggina, qui possédait une villa à Koropi, a montré récemment l’immunité de ceux qui, profitant de leur accès aux mécanismes de l’administration, ont réussi à faire construire des bâtiments en toute légalité, au beau milieu de la montagne. Des zones protégées sont colonisées par des déchetteries, des fils barbelés et des parcs privés. Les incendies grignotent chaque année un peu plus la verdure qui peine ensuite à repousser. Alors, quelles mesures le gouvernement (réélu, rappelons-le) prend-il contre ces maux ?
Le ministère de l’Environnement, de l’aménagement du territoire et des travaux publics affirme qu’il travaille pour rendre les conditions d’exploitation des zones protégées plus strictes. Au même moment, son ministre Yorgos Souflias annonce qu’un nouvel axe routier, une voie rapide, va voir le jour sur les deux flancs de la montagne…
Le secrétaire d’Etat au ministère de l’Agriculture, Konstantinos Kiltidis, propose « la création d’un parc national forestier ». Mais jusqu’à présent, les services du-dit ministère exploitent une étendue de forêt de 10 hectares du côté d’Aghia Paraskevi, avec un centre vétérinaire, etc.
Un document de service daté de février 1955 déclarait la zone du mont Hymette consacrée au reboisement et interdisait son utilisation à d’autres fins. Le document, établi sous le gouvernement du maréchal Papagos, fut à l’époque signé par le ministre de l’Agriculture pour empêcher l’état-major de l’armée d’installer 10 hectares de camps militaires loin du centre d’Athènes, sur le mont Hymette. Trois mois plus tard, malgré ses réticences, le ministre de l’Agriculture signait l’acte de cession suivant : « les services de l’armée pourront utiliser la zone publique de reboisement pour des besoins militaires, tout en procédant, dans la mesure du possible, à la plantation d’arbres… »
C’est sur cette étendue d’environ 100.000 m2 - qui se sont finalement transformés en 125.000 m2 - que se trouve aujourd’hui le camp militaire de Sakéta, à Vironas. Les incendies de l’an passé se sont arrêtés à cette limite, ce qui a permis d’éviter un « feu d’artifice ». Car, sous couvert de besoins militaires, la « zone publique de reboisement » héberge des bâtiments destinés à servir aux officiers, comme par exemple une station-essence…
« Ce n’est pas logique », reconnaît le maire de la commune de Vironas, Nikos Chardalias, « mais on ne peut pas faire autrement ». « Normalement, à 18h00, l’entrée est interdite pour protéger le site. Mais les militaires viennent faire leurs courses et nous sommes obligés de placer des gardiens pour vérifier l’identité de ceux qui entrent et qui sortent. »
Le maire de Vironas est également président de la Ligue de protection et de développement de l’Hymette, à laquelle participent les quinze communes qui entourent le « dernier poumon vert d’Athènes ». Cette ligue ambitionne de prendre le contrôle de la gestion du mont Hymette, pour le transformer en « parc national ».
Quelques centaines de mètres derrière le camp militaire, après un virage qui mène aux anciennes carrières, une autre découverte. À droite, les installations de la cimenterie de la société Ergani. À gauche, des poids lourds et des fourgons stationnent devant une fabrique de chaux à côté d’une pancarte indiquant : « Propriété de l’Eglise grecque » !
Nous apprendrons plus tard que les services de la préfecture d’Athènes n’étaient informés de l’existence de ces installations que depuis quelques jours. Le 2 juillet, le préfet a infligé une amende de 5.239 euros à la société pour « prolongement frauduleux d’activité ». La cimenterie est quant à elle accusée « d’utiliser du matériel de pointe sans autorisation ».
Quelques précisions
La société Ergani appartient à l’homme d’affaires Yannis Maléas, qui gère également les célèbres carrières Markopoulou (mais dont les activités frauduleuses s’étendent aussi aux côtes de Varkiza). La société loue le site à l’Eglise depuis 25 ans, et selon nos informations, elle paie un loyer de 3.000 euros. D’après le registre provisoire du cadastre, la zone est « un domaine public forestier revendiqué par l’Eglise ».
Celle-ci le réclame effectivement depuis des décennies. Quand l’acte de cession fut signé, en 1955, le métropolite de l’époque envoya une lettre de protestation, dans laquelle il exprimait clairement sa colère. Cinquante ans plus tard, le sujet est toujours litigieux. La création d’un registre forestier et la construction de cartes qui pourraient éclaircir la situation foncière sont des « objectifs nationaux », mais ils n’ont jamais été réalisés. Une situation complexe qui offre un terrain de jeu rêvé pour les tribunaux, les avocats, les groupes immobiliers, les lobbyistes, les acteurs locaux et les cadres corrompus des services publics.
Mais continuons notre promenade pédestre à travers la « zone protégée », au milieu des arbres et des camions, en imaginant ce qui pourrait être un parc de loisir dont le calme profiterait quotidiennement à tous les citoyens.
Avec le maire de Vironas, nous montons sur les hauteurs derrière le hameau de Karéas. « Ici, l’Eglise voulait construire son siège spirituel », nous dit-il. La vue incite effectivement à l’activité spirituelle. Des immeubles de plusieurs étages se dressent de façon menaçante à côté de la forêt dense. Un peu avant la limite des parties habitées, et au beau milieu des arbres, des tas de remblais ici et là. Au fond, la mer de ciment, puis, plus loin, la mer du golfe Saronique.
« C’est ici, en-dessous, que sera construit le tunnel du nouveau boulevard périphérique Hymittou », nous explique N. Chardalias. « Le ministre de l’Aménagement du territoire nous a montré le projet, mais nous ne savons pas exactement où se fera la jonction avec le tunnel qui ira vers les zones côtières. Cette incertitude nous bloque pour le choix de l’emplacement de l’entrée du parc que nous voulons ouvrir. Ici vont se croiser les flux des voitures qui viennent de l’ouest du mont Hymette et ceux en provenance du centre-ville en direction de l’autre côté de la montagne. Cela nous inquiète beaucoup. »
Pour les membres de l’ « Initiative citoyenne pour la protection du mont Hymette », le plan, qui prévoit la création de nouvelles autoroutes d’une longueur totale de 83 kilomètres, est une vraie menace. Comme nous l’a confié un membre de cette organisation, P. Totsikas, « ces routes sont en complète contradiction avec les mesures qui entendent protéger le mont. Avec de nouveaux péages, des échangeurs et, sur la partie ouest, un boulevard en surface en direction de Koropi, l’espace libre va diminuer et l’écosystème va être encore plus menacé. Ce projet va apporter avec lui des extensions commerciales et la pérennisation des constructions illégales. »

kostas66

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