LA BOSNIE DANS UNE PERIODE TROUBLEE

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LA BOSNIE DANS UNE PERIODE TROUBLEE

Message  jimmyolsen le Jeu 12 Juin - 13:15:38



Selon les économistes, la récession et l’inflation mondiales pourraient avoir de graves conséquences sur l’économie bosnienne, qui est mal préparée à se défendre en cas de crise globale. À cela s’ajoute l’irresponsabilité des politiciens locaux, qui ne font pas leur travail. Alors que l’économie du pays est toujours loin de ses niveaux d’avant-guerre, que l’inflation ne cesse d’augmenter, la plupart des experts sont très pessimistes pour l’avenir. Dans ce contexte difficile, la Republika Srpska s’en sort, pour l’instant, un peu mieux que la Fédération.
La dernière conférence de Refik Numić, professeur en agriculture à l’Université de Sarajevo, fut morose, comme prévu. Par contre ce qui n’était pas prévu, c’est que cette conférence serait la dernière.
« Nous sommes en train de devenir des esclaves, une colonie », a-t-il déclaré devant une assemblée d’économistes et d’hommes d’affaires bosniens éminents. Il accuse « les politiques d’être inadaptées, et les gens mal conseillés et incompétents ».
Selon Refik Numić, la Bosnie était riche en ressources, mais a gâché son potentiel. La capacité agricole intérieure était de deux fois supérieure à ce qu’il fallait pour nourrir ses 4 millions d’habitants, mais a échoué en pratique, a-t-il affirmé. « Le plus gros problème de ce pays et de ses habitants, c’est qu’ils ne se servent pas de leur tête ».
Si le sombre diagnostic du professeur n’avait pas déjà fait réagir le public, sa mort prématurée se chargea de le faire. En effet, quelques minutes après avoir donné son discours cinglant, Refik Numić a succombé à une attaque cardiaque, lors d’une table ronde qui avait lieu à Sarajevo mi-mai.
Cependant, si les derniers mots du professeur étaient plus pessimistes que ceux d’autres participants à la table ronde, ils ont tout de même été fortement appuyés par ces derniers. Parmi les participants, il y avait notamment le responsable monétaire le plus haut-placé du pays, Kemal Kozarić, directeur de la Banque centrale, qui a reconnu que le pays était entré dans une phase économique dangereuse.
Toujours loin des niveaux d’avant-guerre
Cela fait des années que les Bosniens observent l’économie mondiale en espérant que leur pays pourrait profiter de sa force et de son élan. Ces espoirs sont néanmoins en train de vaciller, puisque le monde fait face à un ralentissement économique global, tandis que les Bosniens attendent, toujours bien loin des niveaux de production d’avant-guerre, c’est-à-dire d’il y a plus de 15 ans.
« Nous avons une petite économie ouverte, et ne sommes pas protégés des effets de cette crise », explique Kemal Kozarić, directeur de la Banque centrale. Il a déclaré que les pressions qui touchaient les autres pays se manifestaient déjà en Bosnie, sous la forme d’une inflation et de déficits budgétaires croissants.
Le dernier choc a eu lieu à la mi-mai, quand les prix de l’essence dans le pays ont augmenté de plus de 3% en moins de 48 heures, et on attend d’autres hausses prochainement. La hausse du prix de l’essence est un indice-clé de l’augmentation des prix de consommation.
Les réactions diverses autour du globe aux risques émergents de récession nourrissent encore davantage les inquiétude des économistes.
Certaines économies plus importantes et plus riches ont bien du mal à trouver des solutions concrètes à la crise financière qui s’est déclenchée l’année dernière, lors de l’effondrement du marché immobilier des États-Unis, et à l’impact sur les consommateurs de l’augmentation rapide des prix de l’essence et de certaines denrées alimentaires comme le maïs et le riz.
Le prix global du pétrole a atteint le niveau record de 135 dollars le baril cette semaine. Les prix du maïs, de la même manière que ceux du pétrole, ont en gros doublé au cours de l’année dernière, tandis que les prix du riz ont doublé au cours des six derniers mois.
En réponse à l’augmentation rapide des prix des produits de première nécessité, un nombre croissant de pays – 48 à ce jours, dont des pays exportateurs importants comme Taïwan ou le Vietnam – ont imposé des restrictions ou carrément des interdictions à l’exportation de denrées alimentaires de base.
« Ce type de protectionnisme est en train de détruire les pays pauvres », a déclaré Muris Čičić, doyen de la faculté d’économie de l’Université de Sarajevo.
7,1% d’inflation
À la suite de l’augmentation des prix des produits majeurs importés, l’inflation en Bosnie est passée de 4,9% en 2007, à environ 7,1% cette année.
Kemal Kozarić a tiré la sonnette d’alarme concernant l’augmentation du déficit courant et de la balance commerciale qui demeure déficitaire et qui pourrait atteindre 4 milliards d’euros cette année. Depuis longtemps, le déséquilibre important entre les flux financiers rentrants et les flux financiers sortants est considéré comme un des facteurs de risque les plus élevés de l’économie bosnienne. « Nous devrions être encore plus inquiets que le reste du monde, parce que nous n’avons aucun moyen de nous défendre », a-t-il averti.
La pression financière est particulièrement vive dans la plus grande des deux entités bosniennes, la Fédération de Bosnie-Herzégovine. Elle fait face à une pénurie budgétaire sérieuse, en partie à cause de la hausse des dépenses dont bénéficient les vétérans de guerre.
Ces augmentations ont été qualifiées de politiquement irresponsables par le Fond monétaire international. Elles sont perçues par beaucoup comme étant un symbole de l’abdication des politiciens bosniens qui, préoccupés par leurs manœuvres politiques, ne prennent pas la mesure des dangers économiques à venir.
Irresponsabilité des politiciens
Alors que les querelles politiques ont déjà à plusieurs reprises suspendu ou annulé certaines réformes économiques et sociales lancées après les élections générales de 2006, les politiciens bosniens sont déjà entrés dans la course des élections municipales prévues pour octobre 2008. Beaucoup d’entre eux font déjà de nouvelles promesses, qui auront un impact inévitable sur les finances publiques, déjà en difficulté.
Par exemple, le Parti démocratique serbe (SDS) demande une réduction de la TVA, qui est pour l’instant à 17%. Pendant ce temps, le Parti de l’action démocratique (SDA, bosniaque) et le Parti pour la Bosnie-Herzégovine (SBiH), ont engagé un véritable bras de fer pour savoir lequel des deux contrôlera certaines entreprises publiques, retardant ainsi la privatisation d’entreprises comme BH Telecom, l’entreprise de télécommunication de la Fédération.
Par contre, la privatisation engagée l’année dernière en Republika Srpska a avancé de façon remarquable, remplissant ainsi les caisses publiques et dynamisant la croissance. Le salaire moyen de Republika Srpska a attentin 724 KM (362 euros) en février 2008, dépassant ainsi pour la première fois le salaire moyen de la Fédération.
« Pour la première fois depuis qu’il existe deux entités en Bosnie-Herzégovine, la plus grande a essuyé une défaite économique officielle », écrivait le journaliste économique Adil Hadžiarapović dans son éditorial du quotidien Dnevni Avaz le 11 mai. Adil Hadžiarapović met en cause « une politique économique catastrophique » dans la Fédération.
Le FMI continue à mettre en garde l’irresponsabilité concernant les politiques économiques, tout comme il l’avait fait avant l’augmentation des pensions des vétérans, en prenant une position sceptique concernant les réductions d’impôts et les augmentations de dépenses publiques, politiques que le FMI perçoit comme coûteuses et inefficaces. À la place, les experts du FMI proposent une modernisation du système de sécurité sociale, qui pour l’instant sert très mal les intérêts des plus pauvres, qui sont les plus vulnérables aux augmentations des prix de l’essence et de la nourriture.
Ce pessimisme n’est pas forcément de rigueur parmi les économistes. Certains experts sont d’avis qu’une situation économique globale difficile pourrait bénéficier à la Bosnie, étant donné que des prix alimentaires élevés stimulent la production agricole nationale pour se substituer aux produits traditionnellement importés.
« Il est pratiquement impossible de dire si cette situation entraînera un léger renouveau ou une récession totale », estime Muris Čičić, de manière prudemment optimiste. Cependant, peu d’experts partagent cette opinion.
La production alimentaire, le secteur mis en valeur par Refik Numić avant sa mort inattendue lors de la table ronde – est un exemple frappant qui alimente ce scepticisme.
Les statistiques officielles montrent que la proportion des terres arables en Bosnie est en constant déclin depuis 1996. Pour les producteurs qui ont réduit ou carrément arrêté leur travail, l’inflation globale des prix n’est rien d’autre qu’une très mauvaise nouvelle.
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