Sébastopol: la goutte d'eau qui fait monter le gaz

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Sébastopol: la goutte d'eau qui fait monter le gaz

Message  jimmyolsen le Lun 16 Juin - 11:31:48



Le 6 juin, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré que le prix du gaz livré par la Russie à l'Ukraine serait bientôt pratiquement multiplié par deux. Le chef de la diplomatie russe, qui ne s'était auparavant jamais mêlé des négociations commerciales sur le gaz, s'est référé au récent entretien entre les présidents des deux pays, Dmitri Medvedev et Viktor Iouchtchenko. La hausse du prix du combustible bleu livré à l'Ukraine n'est cependant pas une surprise. C'est pourquoi les propos de M. Lavrov pourraient davantage s'expliquer par l'irritation provoquée par la récente initiative de Viktor Iouchtchenko d'exiger le retrait de la Flotte russe de la mer Noire de Sébastopol dès après 2017, ainsi que par son intention d'assurer l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN.
Comme on le sait, le monopole gazier russe Gazprom applique depuis deux à trois ans dans ses livraisons de gaz aux pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants) une politique de passage progressif des tarifs préférentiels aux prix du marché, en s'alignant sur le coût du combustible en Europe occidentale. Ainsi, le prix du gaz pour l'Ukraine avait été établi selon une formule non pas "ouest-européenne", mais, disons, "turkmène". Le fait est que la Russie ne livre pas de gaz russe à l'Ukraine, mais revend à son voisin du combustible bleu provenant des pays d'Asie centrale, pour l'essentiel, du Turkménistan. Ces dernières années, le gaz centrasiatique coûtait beaucoup moins cher que le combustible russe, ce qui était très avantageux pour l'Ukraine.
Une telle faveur s'explique par le fait qu'environ 80% du transit de gaz russe vers l'Europe occidentale passe par l'Ukraine. Cependant, dans un contexte d'accroissement vertigineux de la demande en ressources énergétiques, les pays d'Asie centrale ont reçu la possibilité de dicter leurs conditions à Gazprom. Ils veulent également vendre du gaz à des prix avoisinant ceux qui sont en vigueur en Europe. C'est pourquoi, dès cette année, le prix du gaz pour l'Ukraine a augmenté de plus d'un tiers, en passant de 130 à 179,5 dollars les 1.000 m3.
Selon les informations préalables, en 2009, le Turkménistan, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan prévoient d'élever le prix de leur gaz à 300 dollars les mille mètres cubes, ce qui correspond presque aux prix ouest-européens (le prix moyen mentionné dans les contrats européens de Gazprom est actuellement de 350 dollars les 1.000 m3). Par conséquent, on peut en déduire que, pour l'Ukraine, l'époque du gaz centrasiatique bon marché est définitivement révolue. D'ailleurs, l'Ukraine est parfaitement consciente que les prix du gaz importé vont monter. Aussitôt après les propos tenus par Sergueï Lavrov, Viktor Iouchtchenko a affirmé que l'Ukraine voulait passer le plus vite possible aux prix du marché pour le gaz. Il est vrai, les Ukrainiens espéraient que cela se ferait graduellement, en 3-4 ans. A en croire M. Lavrov, l'Ukraine paiera dès l'année prochaine le prix ouest-européen d'environ 360 dollars les mille mètres cubes.
D'ailleurs, l'éternel problème auquel se heurte n'importe quel gouvernement russe qui a l'intention d'accroître les prix du gaz pour l'Ukraine est le fait que, comme cela a déjà été mentionné, environ 80% du gaz russe destiné à l'Europe occidentale transite par le territoire ukrainien. Dès que Moscou évoque la hausse des prix du gaz, Kiev rappelle l'existence des tarifs du transit. Valentin Zemlianski, représentant de l'entreprise ukrainienne publique Naftogaz, l'a déjà déclaré le 6 juin sans aucune ambiguïté. Il a fait remarquer que le prix du gaz qui parvient en Ukraine depuis les pays d'Asie centrale dépend de plusieurs facteurs, dont les tarifs du transit du gaz russe par le territoire de l'Ukraine vers l'ouest de l'Europe.
Mais la question que tout le monde se pose est la suivante: pourquoi l'élévation des prix du gaz pour l'Ukraine a-t-elle été évoquée par Sergueï Lavrov, et pourquoi justement à ce moment? Les négociations portant sur les prix du gaz sont menées par Gazprom, aussi bien avec l'Ukraine qu'avec les pays d'Asie centrale. Elles sont actuellement en cours et il n'est pas exclu que les prix du gaz pour 2009 ne soient établis qu'à la fin de cette année.
Bien plus, le président russe Dmitri Medvedev n'a rien dévoilé de la nature de ses entretiens avec Viktor Iouchtchenko. Ce dernier a même démenti les affirmations de Sergueï Lavrov. Selon le président ukrainien, la question des prix du gaz n'a pas été abordée au cours de sa rencontre avec le président russe.
Force est de reconnaître que la déclaration du chef de la diplomatie russe relative à la hausse considérable des prix du gaz pour l'Ukraine à partir de l'année prochaine, ce qui apparaissait déjà comme inévitable, revêt un caractère politique. L'aspiration permanente de M. Iouchtchenko à rejoindre l'Alliance de l'Atlantique Nord irrite depuis longtemps Moscou. Quant à sa récente initiative visant à mettre fin au stationnement de la Flotte russe de la mer Noire sur le territoire ukrainien après l'expiration en 2017 du traité sur la flotte actuellement en vigueur, c'est, pour le ministre russe des Affaires étrangères comme pour beaucoup d'autres, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
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