MONT ATHOS (Grèce) : REGLES MONASTIQUES CONTRE CHARITE ET VALEURS EUROPEENNES ?

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MONT ATHOS (Grèce) : REGLES MONASTIQUES CONTRE CHARITE ET VALEURS EUROPEENNES ?

Message  jimmyolsen le Sam 5 Juil - 9:54:59



Quatre jeunes filles moldaves, probablement victimes du proxénétysme international, ont fait « l’erreur » de se retrouver sur le Mont Athos, interdit d’accès aux femmes depuis plus de 1000 ans. Au lieu de les aider, les autorités grecques les ont arrêtées. L’écrivain Andrej Nikolaidis commente ce fait divers dans sa colonne « Rhapsodie balkanique » : l’Etat et l’Eglise auraient-ils finalement triomphé du Christ ?

Les journaux ont récemment relaté les faits suivants : quatre femmes originaires de Moldavie, leader régional dans la fourniture de chair humaine aux réseaux de prostitutions, ont été illégalement conduites deTurquie en Grèce.

Dans des pays comme la Moldavie, ou encore le Monténegro et la Bosnie-Herzégovine, les médias parlent souvent du succès des sportifs et des artistes qu’on appelle affectueusement « les nôtres ». Lorsqu’un de « nos » basketteurs joue un bon match dans la NBA, nous regardons un long reportage à ce sujet dans le journal de midi sur la télévision nationale. Lorsqu’un de « nos » footballeurs marque un but dans la ligue anglaise, allemande ou italienne, l’enregistrement de ce fameux but sera montré à la télévision jusqu’à ce qu’il finisse par provoquer l’étourdissement des téléspectateurs… Cet étourdissement est l’un des nombreux symptomes de l’ébriété patriotique.

Et ne parlons pas de nos artistes, qui répandent la gloire de « notre » culture dans le monde entier : imaginez alors avec quelle douceur les médias parlent de leur gloire internationale…

Mais dans des pays comme la Moldavie, ou encore le Monténegro et la Bosnie-Herzégovine, les médias se taisent lorsque l’une des « nôtres » se fait tabasser par des marins ivres à Amsterdam, ou lorsque l’une des « nôtres », au lieu de se faire payer pour une pipe, se fait massacrer à Londres par des puissants mais radins clients arabes. Quelque chose me dit aussi que les médias de Moldavie ne parlent pas, et n’éveillent pas l’orgueil national chez les téléspectateurs, lorsque l’une de « leurs » Moldaves se fait tabasser et torturer dans une des villas de la côte monténégrine, ou lorsque, infectée d’une dizaine de maladies sexuellement transmissibles, elle se fait jeter d’une voiture devant un hôpital à Mostar. Et tout cela parce que nous associons notre testostérone avec l’orgueil et notre oestrogène avec la honte.

Ainsi, quatre jeunes moldaves, qui auraient tout aussi bien pu être Bosniaques ou Monténégrines, ont été transportées par voie de mer et par la suite abandonnées quelque part sur la côte grecque. Il s’est avéré que ce « quelque part » était le Mont Athos, le Mont Sacré de l’orthodoxie. Quatre femmes, loin d’être des saintes, âgées de 27 à 32 ans, ont donc marché sur cette terre sacrée, sans savoir où elles se trouvaient. Elles ont ainsi marché jusqu’à ce que quelques hommes en colère les arrêtent. Ce n’est donc pas la lumière divine ou la voix des anges… c’est la police, qui les a arrêtées et emmenées en prison, à cause du « crime » qu’elles avaient commis. Quatre Moldaves, âgées de 27 à 32 ans, ont réussi à enfreindre, comme l’écrivent les journaux, « une interdiction vieille de 1000 ans ».

Quatre Moldaves ont marché sur le Mont Athos, et le Mont Athos est interdit aux femmes. Les journaux précisent encore que pour le crime commis par ces femmes, c’est-à-dire « d’avoir enfreint l’interdiction à la présence des femmes sur le Mont Athos situé à l’est de la Chalcidique » , la loi grecque prévoit deux années de prison.
Peut-être ces quatre Moldaves ne sont-elles pas victimes d’une chaîne de prostitution, mais on peut supposer qu’elles le sont. Elles sont sans aucun doute, en tout cas, victimes du trafic d’êtres humains. Qu’adviendra-t-il de ces quatre jeunes femmes ? La Grèce les maintiendra-t-elle en prison jusqu’au jugement ? Le Tribunal aura-t-il un peu de pitié envers elles, et les libérera-t–il ?

Si nous nous plaçons dans une perspective libérale, il est indispensable de poser quelques questions qui éveillent notre curiosité. Par exemple : est-il possible que dans un pays-membre de l’Union Européenne, il y ait des territoires, même s’ils sont sous l’autorité de l’Église, interdits d’accès aux femmes ? Ne s’agit-il pas d’une infraction à la règle d’égalité entre tous les êtres humains, cet idéal si européen ?

Les européens ne sont-ils pas habitués à entendre ce genre d’histoires dans le contexte du fameux système juridique de l’Arabie Saoudite, où le Tribunal ordonne que les filles victimes de viol se fassent fouetter tandis que leurs violeurs se font relâcher, car la noble Cour juge la fille, sortie seule sans accompagnement, elle-même responsable de son viol ?

Restons dans cette perspective libérale. Demander à l’Eglise de changer sa propre politique n’est pas seulement inutile, mais représente aussi le pire genre de violence libérale : le christianisme est entièrement « patriarcal », et ne peut pas évoluer différemment, surtout pas dans le sens du « politiquement correct » et de la sensibilité innée des gens car, si l’on pouvait le changer, il deviendrait une autre religion. La question est donc la suivante : un pays-membre de l’Union Européenne, puisqu’il s’est déjà permis d’intervenir dans cette sphère, considérera-t-il comme prioritaire la protection des droits des femmes, c’est-à-dire leur égalité avec les hommes, ou bien le droit de l’Eglise d’imposer librement ses propres interdits religieux ? Il s’agit de cette même Union Européenne qui a refusé d’inscrire les « racines chrétiennes de l’Europe » dans sa Constitution. Il est évident que cette Union se devait d’inclure la Grèce car, sans le christianisme et sans la Grèce, l’Europe ne serait pas l’Europe, même pas pour les touristes américains ou japonais.

Cette histoire, vue de l’intérieur, révèle quelque chose d’essentiel. Le cas des quatre Moldaves qui ont mis les pieds sur le sacré Mont Athos fait apparaître un condensé de toutes les contradictions du christianisme moderne. On remarque, ainsi, le paradoxe suivant : l’Etat, qui représente tout dans ce monde, protège en priorité les ermites de l’Athos dans leur isolement, dans leur exclusion du monde.

Ce qui ressort de l’épisode des Moldaves, c’est qu’Origène [1] a triomphé du Christ sur le Mont Athos. La dimension ascétique du christianisme serait-elle plus importante que l’amour chrétien pour Autrui ? Le concept de l’abnégation dans le cadre du jeûne et de la solitude, que le pays protège sur le Mont Athos, perçoit l’Autre comme un facteur de tentation, comme une sorte de danger pour la religion. Dans ce cas, l’Autre est dangereux parce qu’elle, c’est-à-dire la femme, représente notre fantasme. Mais il n’y a pas de religion sans figure de l’Autre : l’amour, qui n’est pas seulement salvateur mais aussi dangereux, ne peut être amour que pour le (tout puissant) Autre, sinon il s’agit d’amour propre.

Peut-être que les quatre femmes Moldaves représentaient une tentation pour les moines du Mont Athos, mais certainement pas une tentation dans le sens de mise en danger de leur vertu. Il s’agissait plutôt d’une tentation pour leur amour, de la tentation de les aider, malgré cette « interdiction vieille de mille ans ».
Ces femmes sont victimes. Victimes tout d’abord de leurs propre pays qu’elles ont été obligées de quitter, victimes ensuite des trafiquants d’êtres humains, victimes des personnes dont elles devaient satisfaire le moindre fantasme sexuel et pour finir, victimes de l’Eglise et du pays qui se trouve à son service.
En fait, cette affaire n’a rien avoir avec les droits de la personne. Ici il s’agirait plutôt de plaider pour le droit au fantasme. Ce manque de bienvenue aux quatre Moldaves sur le Mont Athos n’était pas dû à l’irrespect de ces femmes en tant qu’êtres humains, mais à l’incarnation d’un fantasme d’hommes qui serait une tentation à la vertu des moines. Cette « interdiction vieille de mille ans », qui interdit l’entrée des femmes sur le Mont Athos ne concerne pas les êtres humains : il s’agit là d’un fantasme, la femme serait le symptôme de l’homme. Ce qui rend l’arrestation de ces femmes encore plus spectaculaire, c’est que le pays prend sur lui la responsabilité de protéger cette espace sacré de l’invasion du fantasme. Un seul homme, s’il était encore vivant, pourrait faire un film de cet événement, et il s’agit de Andrei Tarkovsky, et de la suite de son célèbre Solaris.

La police, selon un rapport de la BBC, a retenu les Moldaves. Apparemment, l’un des policiers aurait dit que « les abbés ont pardonné aux quatres Moldaves ». Ils les ont remises à la police, à charge pour celle-ci de décider du sort de ces malheureuses femmes, de décider si elles passeront deux ans en prison ou pas. Cependant, il serait plus intéressant de savoir si les Moldaves ont pardonné aux abbés…

L’histoire des Moldaves témoigne tragiquement de l’absence du Christ dans l’Eglise chrétienne. Le Christ, il est certain, s’il s’était trouvé par hasard sur le Mont Athos, aurait protégé les Moldaves de la police, de la même façon qu’il a protégé Marie-Madeleine.

L’Etat a finalement réussi a crucifier le Christ. Le Christ ne se serait adressé à l’Etat qu’en tout dernier recours pour demander de l’aide. Que l’Etat protège d’une manière répressive le sacré, ce n’était pas l’idéal que proposait le Christ pour l’organisation du monde.

[1] Origène était un Père de l’Eglise, né en Alexandrie vers l’an 185. il était considéré comme le père de l’exégèse biblique pour avoir commenté tous les Livres de l’Ancien et du Nouveau Testament et c’est l’un des premier grands philosophes chrétiens.
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MONT ATHOS

Message  lukasdeb le Sam 5 Juil - 21:03:11

Les chers religieux du mont athos se sont fourvoyés en refusant leur aide. Quoi qu'ils en disent, ce qu'ils en pensent, ils ne sont que des hommes qui sont prèts à faire abstraction de leurs idéaux par pur intérêt. Après, on s'étonne que la religion soit déconnectée de la réalité... Ils feraient mieux d'arrêter de vivre dans leurs montagnes.

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