Quelques considérations de géopolitique moderne

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Quelques considérations de géopolitique moderne

Message  misterwalsh le Lun 14 Juil - 19:37:22



Quelques considérations de géopolitique moderne

Voilà une discipline scientifique des plus intéressantes et dont on traite peu sur son évolution et ses nouvelles tendances, cela malgré sa relative jeunesse (on considère sa naissance vers 1897, depuis les œuvres majeures du géographe allemand Friedrich Ratzel : "Anthropogéographie" et "Géographie politique" qui consacrent, entre autres, le lien sacré entre le peuple et le sol dans une démarche qui conçoit les Etats « forts » comme étant les plus capables de maîtriser les espaces les plus vastes, théorisation qui fera le terreau de la politique impérialiste allemande).

Rappelons brièvement que la géopolitique classique examine les rapports dialectiques entre le pouvoir, l’espace et la production de celui-ci. L’unité d’analyse du pouvoir reste centrée sur l’Etat-nation dans les approches traditionnelles, et les autres niveaux du pouvoir politique sont souvent négligés voir ignorés dans les écoles classiques (école réaliste, systémique, néo-réaliste).

Or, il est un fait avéré depuis quelques décennies que d’autres pôles du pouvoir émergent progressivement comme concurrents aux Etats et acquièrent une importance décisionnelle ou un pouvoir d’influencer les politiques étatiques (organisations internationales, territorialités locales, société civile, ONG, groupes de pressions, firmes transnationales, etc.). De nouveaux paradigmes se sont donc développés pour prendre en considération ce phénomène de « mondialisation/globalisation » et d’imbrication de nouveaux acteurs concurrents au pouvoir dans sa relation à l’espace.

Parmi ces courants de pensée, il en est certains qui octroient toujours en dernière instance une prépondérance de l’acteur étatique sur le non-étatique (école de l’interdépendance avec Robert Keohane et Joseph Nye, école de l’économie politique internationale avec Robert Gilpin ou encore la théorie des régimes internationaux de Stephen Krasner) et d’autres qui, au contraire, considèrent l’unité étatique comme un élément dépassé ou en voie de désuétude au regard de la montée des « régionalismes » par exemple.

Parmi ces derniers, on peut citer l’apport inestimable d’Immanuel Wallerstein, sociologue américain né en 1930, qui est un des premiers à considérer l’État comme un acteur ancré dans un système global dans lequel il évolue et qui détermine sa position, et cela depuis la mise en place d’un « système-monde » qu’il situe vers la fin du XVe siècle avec les grandes explorations des nouveaux continents et l’implantation progressive d’une économie européenne en économie mondiale ; l’évolution ininterrompue de ce système-monde faisant évoluer progressivement la place qu’occupe l’Etat dans ce système.

Il existe de nombreux théoriciens qui vont dans le même sens que Wallerstein et qui perçoivent dans les nouveaux pôles du pouvoir un potentiel de dépassement de l’État. James Rosenau, chercheur américain en relations internationales lié a l’école fonctionnaliste, évoque l’apparition d’éléments qui affectent la centralité de l’Etat ; la fragmentation ethnique/les réactions identitaires, la multiplication des interdépendances mondiales et la globalisation, la réduction des distances territoriales grâce au développement des médias et de l’informatique (internet), les grands mouvements sociaux et les lobbys ayant des implications globales (Greenpeace, Oxfam, Human Rights Watch, MSF, RSF, etc.). C’est d’ailleurs à partir de là que Rosenau approfondi le fameux concept de « Gouvernance » impliquant tant des procédés institutionnalisés qu’informels dans le processus décisionnel politique, et que reprendra à son compte la Commission Européenne pour désigner la participation et les comportements des réseaux privés, publics et civils locaux et transnationaux dans l’exercice du pouvoir.

Susan Strange, politologue et économiste britannique, s’inspirera de Rosenau et soutiendra aussi que l’Etat a perdu sa prépondérance et n’est qu’un centre du pouvoir parmi d’autres. Elle pense que de nouveaux centres d’autorité sont plus adaptés pour gérer certaines « structures » comme celle de la connaissance, de la finance, de la production, etc., par des acteurs comme les pouvoirs locaux, régionaux, les entreprises, et l’autorité supranationale. Elle sera donc la tenante d’une « Multi-Level Governance » dans lequel l’Etat perd sa centralité dans un système ou règne une multiplicité d’acteurs du pouvoir.

Même si actuellement il est toujours exact de dire que ce sont les Etats qui contrôlent les espaces territoriaux du globe terrestre, on se dirige inéluctablement vers une perte croissante des prérogatives « régaliennes » des Etats, les organisations régionales (UE, ALENA, ASEAN, ECOWAS, Mercosur, Ligue Arabe), les coopérations transrégionales (APEC, ASEM, Union pour la Méditerranée), les Organisations internationales politiques (ONU, Conseil de l’Europe) ou économiques (Banque Mondiale, OMC, FMI, OPEP) en attestent tous.

Néanmoins, il convient de souligner que ce foisonnement de nouvelles grilles de lecture qui délite la prééminence de l’Etat peuvent parfois renfermer un double écueil ; celui de créer des représentations trop englobantes et donc faussées par rapport à la réalité complexe, et celui de théoriser au service de la politique étrangère étatique comme l’ont souvent été les théories géopolitiques classiques ou contemporaines. (Voir à ce sujet la grille de lecture « civilisationelle » de Samuel Huntington remplie d’amalgame et d’extrapolation dans la vidéo ci-jointe).


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Message  mac le Jeu 21 Aoû - 23:25:45

sorry, mais il y a quelques erreurs dans le reportage concernant la théorie de Huntington. Celui-ci n'a jamais, par exemple, placé les philippines dans la zone confucéenne, mais à la limite de sa zone d'influence. Par ailleurs, il y a quelques égarement concernant l'importance que n'aurait pas donné huntington à l'économie et en outre, les frontières décritent ne correspondent pas à ce qu'il décrit et pourquoi il le décrit. Si je ne suis pas d'accord avec sa théorie, il y a bon nombre d'éléments qui se défendent, et malheureusement pas pour le meilleur.

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Re: Quelques considérations de géopolitique moderne

Message  Alotar le Sam 25 Oct - 6:28:36

Si on considère ce qu’on appelle la civilisation occidentale (Europe de l’ouest), on peut voir qu’elle est au confluent de trois courants civilisateurs principaux :
- la civilisation gréco-latine : qui a donné la pensée scientifique et la théorie de l’être ;
- la civilisation sémitique : qui a donné la religion chrétienne et le commerce de l’avoir ;
- la civilisation germanique : qui a donné la maîtrise technique et la production du faire.

C’est peut-être cette confluence qui fait (ou a fait ?) le succès de cette civilisation occidentale . Un mixte à géométrie variable, adaptative.

Chez chaque personne occidentale le poids relatif de ces trois axes peut varier. Il n’y a pas vraiment de discontinuité, mais il s’agit plutôt d’un continuum.

A ce qu’il paraît, on se dispute toujours à propos du même, à propos de la même chose, non ?
Donc s’il y a conflit entre Arabes et Occidentaux, c’est peut-être pour ce qui les réunit, pas pour ce qui les sépare.
Quel est alors ce même que Arabes et Occidentaux se disputent ?
Si on accepte de prendre le mot « commerce » à la fois dans ses 2 sens, à savoir comme négoce de choses (= finance) et comme relations sociales (= religion), alors on peut dire que ce conflit est commercial ou finanço-religieux.
Le « commerce » , à la fois financier et religieux, est l’expression de la mentalité sémitique, que cette mentalité soit juive, chrétienne ou musulmane ; il s’agit toujours de la même mentalité sémitico-commerciale. Rappelons-nous par exemple les Phéniciens, peuple sémite commerçant. Et aussi que la religion « en roue libre », c’est le culte du veau d’or.

Mais avec l’Asie quel est le même que l’Occident lui disputerait ? On dirait qu’il n’y en a pas.
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le culte du veau d’or

Message  nivelloi le Ven 7 Nov - 15:40:11

la géo-stratégie est directement liée à l'accumulation des richesses et à son accroissement continu. Et pendant ce temps là, ce sont les peuples qui trinquent (je ne crois pas pas au bien être par le libre échangisme).

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Re: Quelques considérations de géopolitique moderne

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