Daghestan : du village à la prostitution

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Daghestan : du village à la prostitution

Message  jimmyolsen le Mer 6 Aoû - 11:58:57



Les femmes que l’on trouve dans les bordels illégaux sont de plus en plus jeunes et proviennent de plus en plus souvent de zones rurales traditionnelles. Les habitudes de soumission inculquées aux jeunes filles du Daghestan pourraient expliquer ce passage fréquent à la prostitution. Les cadres religieux musulmans commencent à se mobiliser contre le phénomène.
Lorsque Radmila est arrivée à Makhachkala, la capitale du Daghestan, pour faire ses études de médecine, elle avait honte de ses modestes habits et de ses maigres biens qui indiquaient aux autres étudiants ses origines villageoises.
Radmila explique : « Ils se présentaient si bien. Ils avaient tous un téléphone portable et des vêtements neufs, alors que je portai ce que ma sœur ne voulait plus. Je constatai avec quelle aisance les autres filles vivaient, et la vie de luxe qu’elles menaient. Qu’y avait-il dans mon village ? Le travail domestique, le jardin et les animaux dont il fallait s’occuper ».
Bien qu’élevée strictement, Radmila, ce qui n’est pas son vrai nom, a abandonné ses études en apprenant que les prostituées des saunas locaux gagnaient 700 roubles (25 US dollars) de l’heure. Aujourd’hui elle loue un appartement avec deux autres filles et travaille dans un de ces saunas.
On pourrait raconter l’histoire de Radmila dans beaucoup de villes de Russie. Ce qui la met à part, c’est qu’elle vit au Dagesthan, une république essentiellement musulmane où la vie rurale est encore gouvernée par des codes traditionnels très stricts.
Dans les villages, la réputation des femmes n’est pas à l’abri de la moindre rumeur. C’est ainsi que le choc culturel entre de telles valeurs et le rythme rapide d’aujourd’hui, l’anonymat et le matérialisme ambiant de la vie à la ville forment un contraste plus violent à Makhachkala que dans la plupart des autres villes russes.
Il n’y a pas de statistiques exactes sur le nombre de femmes du Daghestan devenues prostituées ces dernières années, mais tout tend à montrer qu’elles sont de plus en plus jeunes et qu’elles viennent de plus en plus de la campagne.
Alors que la décision de se prostituer semblerait être en contradiction absolue avec une éducation stricte, des psychologues pensent que les femmes rurales le font précisément parce qu’elles ont été conditionnées à être soumises dès l’enfance.
Beaucoup de celles qui ne sont pas citadines sont recrutées sur les marchés à la campagne, parmi celles qui lavent les voitures et d’autres endroits où travaillent les femmes sans éducation ni qualification. L’époque des examens est du pain béni pour les propriétaires des bordels qui recrutent facilement parmi les filles qui ont échoué et qui ne veulent pas revenir chez elles à la campagne.
Certaines, comme Tamila, call-girl depuis deux ans, insistent pour souligner qu’elles travaillent ainsi pour régler les factures. Elle est mariée et pense que son mari sait probablement ce qu’elle fait au sauna du coin plusieurs fois par semaine. « Il ne gagne pratiquement rien, et nos familles ne nous aident pas. Nous avons un bébé à élever, je suis encore jeune, je veux pouvoir m’habiller ».
« Au sauna, ils ont mon numéro de téléphone et quand un client qui a les moyens se présente, ils m’appellent. Sans ce que je gagne ainsi, mon mari et moi aurions beaucoup de peine à nous en sortir ».
Pour les experts, la tentation de l’agent facile, un produit du nouveau matérialisme apparu à la chute de l’Union Soviétique, amène beaucoup de gens dans les saunas et dans la rue.
Culte des fringues et de l’apparence
Aishat Magomedova, qui dirige l’hôpital des femmes de Makhachkala, parle du « culte des fringues ». « Je suis allée dans beaucoup de pays et je n’ai jamais vu les gens donner tant d’importance aux biens matériels. Ici, au Daghestan, les jeunes femmes placent leur statut dans les vêtements à la mode. À leurs propres yeux et à ceux des autres, cela augmente leur statut social ».
La psychologue Elena Mkrtchian fait porter le blâme à la façon traditionnelle d’élever les enfants au Daghestan, où sont imposées des règles et des restrictions dans tous les aspects de la vie d’une jeune fille, ce qui met en place les dispositions d’esprit favorables à la prostitution.
« On peut qualifier une jeune fille de prostituée sans aucune raison : rentrer tard à la maison, porter des vêtements qui révèlent son corps, l’attention portée par les garçons. Dès le départ, on lui dit qu’elle n’est pas propre et qu’elle est coupable. Bien sûr, elle réagit à ces façons de parler, en se disant à peu près : depuis toujours tout le monde dit du mal de moi. Quelle différence y aurait-il si c’était avec raison ? »
Sergei Chipashvili, lui aussi psychologue, trouve erronée la façon d’élever les filles au Daghestan. Il affirme qu’on les élève à se soumettre aux hommes et aux anciens sans poser de questions. Elles ne sont qu’une commodité - souvent mariées à quelqu’un qu’elles n’aiment pas, ou même qu’elles ne connaissent pas du tout, dans l’intérêt de la famille.
Le résultat est que la jeune fille a « un rapport particulier et négatif à son propre corps ». « Cela signifie que la barrière interne qui interdit à une femme normale de coucher avec quelqu’un dont elle ne veut pas est facilement surmontée par une femme du Daghestan. De là à la prostitution il y a peu ».
Dans cette société très traditionnelle, les prostituées sont montrées du doigt par leur famille et par l’opinion publique. Souvent la fille qui a failli ne rentre plus chez elle et sa parenté coupe tout contact.
Tamara est devenue prostituée à 15 ans, après avoir été bannie de chez elle par son père qui découvrait qu’elle était enceinte. « Il m’a battue et m’a jetée à la porte. Je ne savais où aller. Ma parenté ne m’aurait pas acceptée, pour eux ç’eût été une disgrâce. Au début, je dormais dans le foyer de notre bloc d’appartements, jusqu’à ce que mon père me découvre. C’est alors qu’il m’a dit qu’il me tuerait s’il me voyait de nouveau près des appartements et il a demandé à mes sœurs de ne pas me parler ». Tamara se prostitue pour nourrir ses trois enfants.
Les clercs musulmans se mobilisent
On a commencé à lutter contre ce problème qui prend de l’importance. Des groupes de clercs islamiques sont allés dans les 300 saunas de la capitale pour demander instamment aux propriétaires des bordels et à leurs clients de renoncer à leur pratique, mal vue de l’islam.
Des religieux connus ont cependant avancé une solution plus radicale, consistant à photographier les propriétaires des bordels et leurs prostituées et à envoyer les photos dans leurs villages d’origine. Le chef de la communauté religieuse du Daghestan, Magomed Abdurakhmanov, reconnaît que cette démarche n’a pas eu grand succès pour l’instant.
« Les gens n’ont pas la crainte de Dieu en eux. Je ne sais pas pourquoi, mais ce sont les filles des villages où le code traditionnel de conduite est le plus fort qui se prostituent le plus facilement. Elles n’ont même pas peur qu’on les retrouve et qu’on les punisse ».
Radmila a gardé le contact avec sa famille, mais elle ne leur dit rien de sa nouvelle vie. « Quand mes parents viennent me voir, je me change et je leur dis que je continue mes études bien que je sache qu’un jour ils découvriront la vérité. Mon frère, alors, me tuera ».
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