LE POSITIONNEMENT DE LA LITUANIE

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LE POSITIONNEMENT DE LA LITUANIE

Message  jimmyolsen le Lun 12 Mai - 22:36:14


Aussi étrange que cela puisse paraître, le fait même que la Lituanie ait refusé, lors de la rencontre ministérielle de l'UE le 29 avril à Luxembourg, de délivrer un mandat pour le lancement de négociations avec la Russie sur la conclusion d'un nouvel accord de partenariat n'a guère suscité de préoccupations de la part de Moscou ni de Bruxelles.

Le veto de Vilnius a plutôt été accueilli avec irritation: avant la réunion, la Slovénie, actuelle présidente de l'UE, espérait que la rencontre à Luxembourg se déroulerait sans accroc et même sans discussions. Car en principe, les 26 autres membres de l'Union européenne n'avaient aucun doute quant à la délivrance de ce mandat. En ce début de mai, le ministre slovène des Affaires étrangères devra se rendre en Lituanie afin d'établir les raisons pour lesquelles Vilnius a provoqué une telle agitation. Les fonctionnaires de l'UE à Bruxelles affirment ouvertement que le règlement de ces problèmes ne devrait pas prendre plus de deux semaines et qu'avant le 26 mai, date de la tenue de la prochaine réunion du Conseil "Affaires générales et relations extérieures" réunissant les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, le mandat sera déjà obtenu et approuvé.

Du point de vue pratique, un tel ajournement, qui n'a rien de très considérable en fait, n'est pas grave en soi. Il convient de rappeler ici qu'il s'agit tout simplement de conclure un nouvel Accord de partenariat et de coopération entre la Russie et l'Union européenne, qui doit remplacer le document en vigueur depuis 1997, qui avait été signé dès 1994 par Boris Eltsine à Corfou mais dont l'entrée en vigueur avait été retardée par la guerre de Tchétchénie. C'était un accord signé par une autre Russie avec une autre UE. La Russie ne faisait alors que "se rétablir" après le démembrement de l'URSS et était prête à accepter beaucoup de choses qu'elle n'aurait sans doute pas acceptées aujourd'hui, après avoir guéri.

L'Union européenne ne comprenait que 12 membres à l'époque. En 2006, la Pologne avait déjà bloqué les négociations sur l'élaboration d'un nouvel accord en raison de l'embargo russe sur les livraisons de viande polonaise, et ce veto n'a été levé qu'au début de 2008. Les négociations auraient dû débuter justement en 2006, et l'adoption du nouveau document bilatéral avait donc déjà été retardée de deux ans. Mais à présent, la Pologne n'a plus aucune objection. Pendant qu'on réglait les problèmes avec Varsovie, l'accord conclu pour dix ans a été prolongé d'encore un an, après son expiration en décembre 2007, ce qui a résolu le problème.

Mais quoi qu'il en soit, la nouvelle phase des relations russo-européennes doit, bien entendu, à nouveau être régularisée et tenir compte de l'actuel statut de la Russie et de l'UE élargie. En attendant, Moscou semble ne pas être pressé de le faire, car la Russie n'a pas encore, semble-t-il, élaboré de stratégie nette et claire concernant ses relations avec l'Europe. De même, elle n'a pas encore bien compris en quoi consiste la nouvelle stratégie européenne.

L'Europe souhaite conclure avec la Russie, en remplacement du document précédent, une sorte de "contrat de mariage" où il sera minutieusement précisé ce que chaque partie peut et ne peut pas faire. Cette envie est tout à fait compréhensible. A l'heure actuelle, l'UE est le principal client de la Russie en matière d'énergie, et elle n'est pas indifférente à la forme et au contenu des documents qui règlementeront ses relations ultérieures avec le seul "supergéant énergétique" mondial. Pour la Russie, c'est également important. Aujourd'hui déjà, les trois quarts des exportations gazières russes sont destinées à l'Union européenne. Mais bien que l'ancien accord ait déjà expiré et qu'il soit désuet, cela n'entraîne aucun vide juridique. Les deux parties ont le droit de le prolonger indéfiniment.

En ce qui concerne les relations commerciales, économiques et ainsi de suite, la Russie peut tout à fait faire du commerce ou procéder à des échanges avec chacun des membres de l'UE individuellement. Les deux parties pourraient en principe se passer de ce "contrat de mariage", et rester dans le cadre d'un "concubinage". L'Europe est plus attrayante pour Moscou - et pour les hommes d'affaires russes - en tant que "cliente" qui paie régulièrement ce qu'elle doit qu'en tant que partenaire exigeant qui choisit soigneusement ses amis. Les considérations de proximité y sont elles aussi pour quelque chose, puisqu'on a besoin d'un certain "dress code" qui permette de distinguer ses amis de ses ennemis.

En somme, les négociations sur le nouvel accord seront longues et compliquées. Mais aujourd'hui déjà, on peut dire en toute certitude que le mandat pour le lancement des négociations sera délivré avant le nouveau sommet Russie-UE, prévu pour les 26 et 27 juin 2008 à Khanty-Mansiïsk. On "règlera tout" avec la Lituanie.

Le fait que le problème n'ait pas été réglé auparavant a une explication toute simple. La Grande Europe continuera jusqu'à la fin de l'année en cours à ratifier le Traité de Lisbonne qui, entre autres, modifiera la procédure d'adoption des décisions au sein de l'UE sur toutes les questions importantes. Au 30 avril, seuls 10 des 27 membres de l'UE ont ratifié ce traité. Dans un tel contexte, personne n'envisage de "faire tanguer la barque" en "engueulant" l'un des Etats membres, de peur que les autres ne se détournent du nouveau traité.

En principe, ce traité est destiné à prémunir l'UE contre les "escapades" de ses petits membres. La Lituanie se classe justement parmi ce type de membres, avec sa 21e place pour le volume du PIB au sein de l'UE et une place presque identique pour la population. Jusqu'à présent, le principe du consensus est valable en Europe pour une multitude de questions parmi les plus importantes, ainsi que la possibilité pour chacun des Etats membres de poser un veto sur n'importe quelle décision. Les "vieux" de l'UE sont depuis longtemps irrités par ce fait, car cela donne aux "jeunes", c'est-à-dire, aux nouveaux venus tels que la Lituanie, la possibilité de transformer facilement toute plate-forme de discussions sérieuses en une tribune destinée à polir leur égoïsme politique. Conformément à ce nouveau traité, les décisions seront adoptées selon le principe de la "double majorité": toute décision devra être approuvée par 55% des Etats membres et 65% de la population de l'UE.

A propos, la Lituanie a même fondé ses objections à la délivrance du mandat, entre autres, sur la nécessité de "traduire Moscou devant la justice" à la suite d'un incident survenu en 1991 au poste de douane de Medininkai, où des gardes-frontières russes auraient tué plusieurs gardes-frontières lituaniens lors d'un échange de tirs "non provoqué". Elle a également insisté pour que la Russie répare le pipeline Droujba fournissant du pétrole à la raffinerie de Mazeikiai, qu'elle laisse en paix l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud et la Géorgie, et qu'elle "paie une compensation" pour "l'occupation soviétique" [des pays baltes]... Un diplomate européen, qui a préféré garder l'anonymat, a exprimé l'irritation générale des "pères fondateurs" de l'UE, en affirmant: "Tout ceci frôle déjà l'absurde et ne correspond aucunement à nos intérêts. Je pense que c'est lié d'une certaine façon aux prochaines élections en Lituanie". En effet, les élections législatives auront lieu dans ce pays le 12 octobre.
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