LE CHOC RUSSE - Part. I

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LE CHOC RUSSE - Part. I

Message  kostas66 le Jeu 11 Sep - 10:53:49



Après avoir traité de l’origine de l’âme russe plus tôt sur ce site, il convient à présent de définir pourquoi le Kremlin fait actuellement preuve d’une certaine agressivité envers l’occident et s’allie bien volontiers avec la Chine pour la contrecarrer dans les relations internationales. Il faut savoir qu’avec la chute de l’Union soviétique, une politique économique sauvage imposée par le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale a totalement bouleversé non seulement la société ruse, mais également heurté les consciences. L’imposition par l’Occident de la fameuse thérapie de choc a été vécue comme une humiliation par un peuple qui ne concevait la Russie que comme une grande puissance depuis pratiquement le règne du Tsar Pierre Le Grand. C’est cette période de déstructuration de la société russe que nous allons traiter ci-dessous.

LA PLANIFICATION

Il est admis que la planification de l’économie soviétique était un jeu à trois participants : le Centre, les acteurs économiques et les usagers. Par le terme de Centre, on désignait, dans l’ordre de la hiérarchie des pouvoirs, la direction politique du Parti communiste (le bureau politique et le secrétariat du comité central) et l’appareil central de l’Etat : le gouvernement et la Commission d’Etat du Plan. Le gouvernement comprenait des ministères politiques (l’intérieur, les affaires étrangères…) et des ministères chargés de gérer l’économie, ces derniers à vocations générales (les finances, le travail…) ou spécialisés par branches (l’agriculture, la sidérurgie, la construction mécanique). La Commission d’Etat du Plan avait pour mission de traduire sous forme d’objectifs planifiés cohérents la stratégie économique choisie par la Direction du Parti et le gouvernement. La stratégie économique était celle d’un Parti qui détenait le pouvoir ; elle s’inscrivait donc dans le contexte plus global de la politique de ce Parti et ne pouvait être considérée indépendamment de celle-ci. Le Parti ayant le rôle dirigeant, cela impliquait que la politique économique était imposée par le haut, soit dans le sens inverse préconisé par Karl Marx.

Lorsque le Centre a arrêté sa stratégie pour une période déterminée, il devait procéder à trois opérations principales. Il devait tout d’abord assurer l’équilibre entre l’offre et la demande (d’où son caractère antidémocratique, donc anti-marxiste). Dans un second temps, ces balances opérationnelles devaient se traduire pour les ministères de branches et pour les entreprises par des programmes annuels. Dans un troisième temps, il fallait conclure les coopérations entre les entreprises, car il fallait attribuer des fournisseurs à chaque opérateur. En effet, ni concurrence entre vendeurs, ni accords libres entre vendeurs et acheteurs n’étaient tolérés.

On distinguait ensuite deux sortes d’acteurs économiques. La première catégorie était composée par les opérateurs, ceux à qui incombait la mission de produire : les entreprises ; la seconde catégorie était composée par les gestionnaires, les supérieurs hiérarchiques des opérateurs qui avaient la charge d’organiser l’activité d’un secteur ou d’une branche, ou, s’il s’agissait d’une instance régionale ou locale comme la République Fédérée, le district ou autre, d’une circonscription géographique. Ces gestionnaires étaient avant tout les ministères économiques (32 au total en URSS). Ces ministères siégeaient au Centre puisqu’ils appartenaient au gouvernement et faisaient également offices d’exécutants. Donc, à ce niveau, il y avait possibilité pour la bureaucratie de freiner, de stopper ou d’accélérer le rythme des réformes selon que celles-ci étaient plus ou moins populaires auprès de la bourgeoisie « bureaucratique ». Quant aux entreprises, leur politique consistait aussi à exécuter leurs plans en veillant à remplir les objectifs du Plan à n’importe quel prix, y compris à celui de la corruption et de la falsification des bilans comptables. Pourquoi ? Pour tirer à bon compte les donations matérielles et les revenus de leurs ministères de tutelle.

Les usagers étaient dans l’ensemble de ceux à qui les biens et les services publics étaient destinés, mais ils supportaient les affres du dysfonctionnement inévitable d’une planification imposée qui générait l’inefficacité par la corruption et la falsification. Au lieu d’être le moteur de l’économie, la base de toute politique de planification, comme Karl Marx l’imaginait, ils subissaient les pénuries et consommaient des biens de piètre qualité. Dans la catégorie des usagers, on trouvait les entreprises lorsqu’elles étaient en position d’acheteurs, les consommateurs et certaines administrations, comme celle du ministère de la défense. La situation des entreprises était favorable lorsqu’elles vendaient, mais très défavorable quand elles achetaient. De leurs côtés, les consommateurs étaient dépendants de la bonne volonté des vendeurs. Le seul usager avec qui on ne pouvait marchander était l’armée de par sa position centrale dans les régimes bureaucratiques d’Europe de l’Est et de l’URSS.

LES DEREGLEMENTS CYCLIQUES

Soumise aux décisions politiques du Centre, la marche de l’économie subissait des inflexions, « des changements de ligne » associés aux déplacements des rapports de force entre les groupes au pouvoir et à l’évolution de la conjoncture intérieure ou extérieure. La forte poussée des investissements ordonnée à tous les pays « socialistes » par Staline, par exemple, quelques mois après le début de la guerre de Corée (Septembre 1950), était caractéristique du rôle de l’élément international. La croissance unique déclenchée en Pologne par Gierek, de 1971 à 1973, fut à mettre au compte du facteur interne, à savoir dans ce cas précis, de la révolte ouvrière de Gdansk, en décembre 1970, et du départ de Gomulka remplacé par une nouvelle équipe. Dans un sens récessionniste, l’arrivée de Malenkov au pouvoir en 1953, après la mort de Staline, s’était traduit de 1953 à 1955, dans la plupart des pays « bureaucratiques », par un ralentissement des investissements et de la croissance. Autre exemple, la détérioration du commerce extérieur avec les pays occidentaux a conduit, à la fin des années 60 et 70, la direction du Parti est-allemand à « casser la croissance ». Le second ordre de phénomènes qui engendrait les dérèglements cycliques était la concurrence à laquelle se livraient les réseaux et qui trouvait son expression dans une avidité d’investissements. Lorsque dans la cadre de la procédure centrale, les différents groupes d’intérêts se retrouvaient pour négocier la part du revenu national qui devait leur revenir au cours du plan quinquennal ou du plan annuel, ils se livraient à une surenchère de revendications, arbitrée de la manière suivante : cherchant un compromis garantissant d’abord l’équilibre politique, quitte à sacrifier quelque peu les équilibres économiques, ils se mettaient d’accord sur un programme dont les ambitions excédaient les capacités réelles de l’économie. Bien que cette pratique fut courante, il était impossible aux acteurs de la décision centrale d’estimer l’importance de leurs erreurs, d’où la difficulté de gestion de l’économie du fait que l’erreur n’était connue qu’après avoir été commise.

LES DEREGLEMENTS PERMANENTS

Le Centre transmettait des injonctions précises aux acteurs économiques, qui devaient impérativement les exécuter. S’ils remplissaient ou dépassaient leurs plans, ils recevaient des gratifications matérielles, morales ou politiques. Le cas échéant, ils étaient lourdement sanctionnés. Théoriquement, les usagers devaient être les juges. Or, dans les économies dites « socialistes », les acteurs économiques n’étaient comptables de leurs actes que devant le Centre, un Centre aveuglé par la surenchère de revendications entre les différents groupes d’intérêts. Les entreprises devaient prouver à leur ministère de tutelle, et ce dernier à la commission du Plan, ainsi qu’aux instances dirigeantes du Parti et de l’Etat, que le Plan était bien exécuté. Il s’agissait d’un fonctionnement très logique dans toute société hiérarchisée où les agents n’avaient de compte qu’à rendre qu’à ceux qui les commandaient. Ce fut à ce niveau que s’introduisait une possibilité de jeu qui ruinait la planification centrale. Si la possibilité existait de contenter celui qui commandait sans pour autant être obligé de donner satisfaction à l’usager, les acteurs économiques apercevaient là le moyen d’accomplir leur mission à moindre frais. C’était la planification elle-même qui l’aménageait. Le Centre était par définition distant des gouvernés. Les ordres revêtaient inéluctablement un certain degré de généralité, ce qui laissait aux échelons inférieurs une marge d’interprétation et de manœuvre. Il était aussi incapable de contrôler dans le détail l’information qu’il recevait de la périphérie, ouvrant aux exécutants un champ infini de manipulations. Ainsi, le Centre pouvait transmettre aux entreprises des plans de production qui ne pouvaient entrer dans le détail de la gamme de fabrication. Partant d’équilibres établis en nature (les balances matérielles), le Centre était souvent obligé de transmettre aux entreprises des objectifs présentés en nature et non en critères (largeur, longueur…). Une entreprise qui fabriquait du tissu en mètre, pour augmenter sa production, réduisait la largeur de l’étoffe. Par ailleurs, si au lieu d’être planifiée en volume, la production l’était en valeur, c’est-à-dire en coût des amortissements et en coût des consommations intermédiaires (matières premières) inclus. Car la valeur brute est significative de la quantité produite (critère essentiel pour le Centre), tandis que la valeur nette (consommation intermédiaire et amortissements déduits) ne mesurait que la valeur nouvellement créée. Recevant des objectifs en valeur brute, les entreprises les remplissaient aisément parce qu’elle se montraient peu économes dans la consommation des machines, des matières premières… Donc, dans cette logique, les coûts élevés et le gaspillage garantissaient le succès. Cela entraînait, excepté en matière de défense, où l’activité était soutenue, le fait que les économies « bureaucratiques » faisaient preuve d’une créativité inférieure aux économies occidentales. D’autre part, ajoutés aux dérèglements cycliques, les dérèglements permanents créaient dans ces économies, un état de pénurie endémique, ponctué d’aggravations périodiques.

à suivre.

kostas66

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