Skopje veut rouvrir le dossier des Macédoniens de l’Egée

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Skopje veut rouvrir le dossier des Macédoniens de l’Egée

Message  emarcel le Sam 13 Sep - 12:07:33



Les négociations sur le nom de la Macédoine reprennent. Décrocher un accord permettrait à la Macédoine d’intégrer l’OTAN – mais peu y croient encore. Côté macédonien, les négociateurs veulent inclure un nouveau thème dans les discussions : de nombreux descendants de réfugiés macédoniens chassés de Grèce pendant la guerre civile demandent à recouvrer leurs propriétés. Ce qu’Athènes leur refuse jusqu’ici, en employant la manière forte.
Forcés à quitter leur foyer et à ne jamais revenir, quelques 3.500 réfugiés de la Macédoine dite « de l’Egée » (Nord de la Grèce) revendiquent auprès de l’Etat grec des biens fonciers d’une valeur de plus de 10 milliards d’euros. La plupart de réfugiés de la Guerre civile grecque de 1946-1949 habitent aujourd’hui en Macédoine, en Australie, au Canada, en Pologne, en Roumanie ou en République tchèque. Plusieurs ont porté plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme.
Le statut de la minorité macédonienne en Grèce et les possessions revendiquées par les réfugiés Macédoniens et leurs descendants ont été abordés le 27 juin, lors de la visite à Skopje de Matthew Nimetz, médiateur des Nations unies sur le conflit nominal gréco-macédonien. La partie macédonienne demande d’intégrer ces questions aux négociations. Gjorgji Donevski, le président de l’Association des Macédoniens de la Macédoine d’Egée Nezaborav (« contre l’oubli »), est convaincu que l’Etat grec sera contraint à restituer les propriétés laissées en Grèce par les réfugiés et confisquées ensuite.
« Aucune demande de dédommagement ne descend en dessous d’un million d’euros, souligne Gjorgji Donevski Un descendant de réfugiés, qui vit aujourd’hui à Skopje, revendique une propriété d’une valeur de 176 millions d’euros. Lorsque j’ai reçu sa plainte, j’ai cru qu’il avait fait une erreur, mais quand il m’a expliqué que son grand-père a longtemps travaillé en Amérique, qu’il y a amassé une importante fortune et acheté de grands espaces fonciers au bord de la mer Egée, tout est devenu clair. Il avait également fait bâtir des immeubles d’habitation à Thessalonique. Bien sûr, la plainte prend en compte le fait que ces biens allaient gagner en valeur avec le temps. »
Les estimations ont été réalisées sur base des prix les plus bas en cours dans régions concernées. Le prix d’un mètre carré d’espace habitable dans les villages est estimé à 80 euros, et le terrain à 50 euros. « A titre de comparaison, les terrains situés à proximité de la mer Egée montent à 250 euros par mètre carré. A Edessa, Serres, Drama et Kavala, le prix est d’environ 150 euros. Nous estimons que dans la région de Kastoria, là où l’on a le plus de revendications, le prix s’élève à 50 euros. C’est le prix minimal, mais si l’on ajoute que ces propriétés ont été utilisées pendant soixante ans par quelqu’un d’autre et que l’on estime aussi le bail, on arrive à un prix beaucoup plus élevé », explique Gjorgji Donevski.
Il y a deux ou trois ans, aucun Macédonien originaire de l’Egée ne cherchait à recouvrer ses propriétés. Toujours selon Gjorgji Donevski, les autorités macédoniennes les dissuadaient d’essayer et leur disaient que cela détériorerait les relations avec la Grèce. « Ce rapport à la propriété trouve ses racines dans l’époque de l’ex-Yougoslavie et s’est perpétué après l’indépendance de la République de Macédoine. Pendant longtemps, lorsque je posais cette question, on me disait d’attendre des temps meilleurs. Tous les délais sont arrivés à terme et, nous qui étions enfants, nous avons vieilli et décidé de porter plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme. La Grèce sera contrainte à supprimer les deux lois de 1982 et 1985, discriminatoires pour les Macédoniens. La première de ces deux lois établit que, parmi ceux qui ont quitté le pays en 1949, seuls les citoyens de souche grecque sont autorisé à revenir. Les quelques Macédoniens qui ont tenté de revenir y vivre ont subi une nouvelle discrimination suite à la loi de 1985, selon laquelle les biens confisqués ne peuvent être rendus qu’à des personnes de souche grecque ».
L’Etat macédonien n’a commencé que récemment à se pencher sur les problèmes de restitution des propriétés. Il y a quelques années une demande a été soumise à la Commission d’enquête pour la protection des droits des citoyens. La Commission a mis sur pied une proposition de résolution et l’a remise au Parlement, mais les élections anticipées sont venues retarder le processus [1]. La résolution prévoit que le Parlement oblige le gouvernement et les ministères concernés à contacter les institutions grecques afin d’entamer le dialogue sur le problème des biens revendiqués par les réfugiés et leurs descendants.
« Des représentants de plusieurs institutions européennes nous ont encouragé à revendiquer nos droits, mais ils insistent pour que l’Etat fournisse lui aussi son soutien. Si la Bulgarie peut maintenant demander 10 milliards de dollars à la Turquie pour quelque chose qui s’est passé il y a cent ans en Thrace, pourquoi ne pourrait-on pas faire la même chose ? Je crois que le nouveau Parlement et le nouveau gouvernement vont trouver la détermination de nous défendre et qu’ils aborderont la question des restitutions avec les autorités grecques. Il faut dire clairement à la Grèce que 120.000 de ses ex-citoyens, dont la moitié habite aujourd’hui en Macédoine, ont laissé des biens fonciers d’une valeur de plusieurs milliards d’euros. Cette question doit être abordée lors des négociations sur le nom », insiste le président de l’association Nezaborav.
Il souligne que quelques réfugiés sont déjà parvenus à une issue favorable dans leur litige avec la Grèce et ont récupéré leurs biens. Mais la Grèce a tout fait pour ne pas rendre les propriétés, en recourant à des lois anciennes et illogiques, ainsi qu’a des conventions signées avec le Royaume de Yougoslavie.
Mais il cite également le cas de 75 familles issues d’un même village, qui ont échoué dans leur tentative de recouvrer leurs biens. Le Tribunal de Kastoria a jugé que ces familles avaient été expropriées et que les propriétés avaient été cédées à l’Etat grec. Ces personnes été déchues de la nationalité grecque car elles ont quitté la Grèce illégalement, sans demander un passeport aux institutions. « Ce départ n’était pas illégal, s’insurge Gjorgji Donevski. C’était en pleine guerre civile, et ceux qui l’ont perdue devaient s’enfuir car le système de cette époque-là aurait pu leur réserver des traitements cruels. S’ils ne s’étaient pas enfuis, ils auraient été tués. Mais si les adultes qui combattaient du coté de l’Armée démocratique de la Grèce ont été privés de la nationalité grecque, pourquoi nous, qui étions enfants, sommes-nous considérés comme coupables ? Pourquoi avons-nous été déchus de la citoyenneté grecque ? La Cour européenne des droits de l’homme devrait refuser ce raisonnement en vertu de l’article 4 du protocole de la Convention des droits de l’homme. Selon cet article, aucun Etat ne peut expulser ses citoyens, ni les empêcher de revenir. Si la Grèce veut se présenter comme un Etat démocratique, elle doit respecter cette Convention, comme tout membre de l’Union européenne ».
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