CEREALPROM

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CEREALPROM

Message  thierry.F le Sam 18 Oct - 12:34:51



La crise alimentaire contraint les gouvernements de divers pays à rechercher des mécanismes permettant de juguler les prix des produits alimentaires et, en même temps, à réagir douloureusement à n'importe quelles actions susceptibles d'entraîner une hausse des prix de l'alimentation. L'intention du ministère russe de l'Agriculture de créer une compagnie publique de vente de céréales en vue de contrôler la hausse des prix à l'intérieur du pays a suscité une étrange réaction orageuse de la part des observateurs occidentaux, qui ont accusé Moscou de vouloir manipuler le marché alimentaire.
On a appris en juillet dernier l'intention du ministère russe de mettre en place, sur la base de l'Agence de réglementation du marché alimentaire (ARA), une compagnie spécialisée dans l'exportation de céréales. Les fonctionnaires estiment que la participation de l'Etat aux opérations à l'export permettra, en plus des mesures de réglementation des tarifs, de protéger le marché russe contre la hausse vertigineuse des prix des céréales, qui sont l'un des principaux facteurs de la montée des prix des produits alimentaires en Russie. D'après les données de Rosstat (Service fédéral des statistiques d'Etat), la tendance à une inflation des produits alimentaires plus importante que dans l'Union européenne dans son ensemble se maintient en Russie au troisième trimestre. Ainsi, les prix des produits alimentaires dans le pays ont augmenté en juin de 1,1% (soit 12,9% depuis le début de l'année), contre une moyenne de 0,3% pour les pays de l'UE.
Selon l'idée des fonctionnaires, les actions appartenant à l'Etat dans 28 compagnies céréalières (silos à grains, terminaux d'exportation) passeront à l'ARA, l'ensemble des parts transmises pourrait atteindre 300 à 400 millions de dollars.
La nouvelle de l'apparition d'un nouvel acteur en Russie a été interprétée en Occident comme une menace. La Russie veut se procurer un instrument de pression sur le marché alimentaire mondial: c'est ainsi que le Financial Times a commenté cette information. Selon les analystes, dans quatre à cinq ans, la nouvelle structure contrôlera environ 50% des exportations de blé russe et exercera une influence semblable à celle de Gazprom sur le marché mondial du gaz. Le Département de l'Agriculture des Etats-Unis a déjà exprimé son inquiétude quant à l'apparition d'un super-exportateur. Il est vrai, on ne comprend pas bien ce qui inquiète précisément les fonctionnaires américains: l'état du marché mondial des céréales, ou le sort des compagnies privées russes. Les Américains déplorent que l'activité de l'ARA menace le travail des compagnies privées et ont déjà qualifié les intentions du ministère russe de l'Agriculture de pas de géant vers l'époque soviétique.
Les experts russes estiment qu'à l'étranger, on s'est un peu emballé en faisant des prévisions aussi alarmantes. En effet, pour l'instant, on ne sait pas trop comment se présentera cette nouvelle structure, et qui y participera. "L'importance de cette organisation est exagérée, a déclaré à RIA Novosti Dmitri Rylko, directeur de l'Institut de la conjoncture du marché agraire (IKAR). Même si la structure étatique en voie de création accumule toutes les actions de l'Etat dans les compagnies céréalières, elle ne deviendra pas le premier acteur du marché. Pour qu'elle acquière une position dominante, plusieurs sociétés privées devront la rejoindre. Nul ne sait si cela se produira ou non". D'après les données d'IKAR, plus de 60% du marché sont actuellement contrôlés par six acteurs privés: la Compagnie céréalière internationale, Agrika, Rosinteragroservice, Iougtransitservice, Ioug Roussi et Aston.
La crainte que Moscou ne soit capable de faire de l'alimentation une arme diplomatique et de la manipuler comme Gazprom manipule le gaz est peut-être flatteuse: les autorités russes ne cachent pas leur désir de faire de la Russie le principal acteur sur le marché alimentaire mondial. Mais cette crainte reste toutefois prématurée. En ce qui concerne la comparaison entre l'ARA et Gazprom, elle est pour le moins incorrecte. Gazprom est le plus grand exportateur de gaz dans le monde, de plus, il possède d'immenses réserves de combustible bleu, devançant considérablement ses concurrents pour ces indices. Sur le marché des céréales, la Russie n'est encore que cinquième sur la liste des principaux fournisseurs, derrière les Etats-Unis, le Canada, l'UE et l'Australie. Cela ne signifie évidemment pas que le rôle de la Russie sur le marché des céréales est insignifiant, les fournisseurs russes occupent des positions d'avant-garde dans plusieurs régions, par exemple, en Egypte et en Inde.
Les fonctionnaires russes réfléchissent depuis longtemps aux moyens de renforcer l'influence du pays sur le marché alimentaire mondial, avant tout sur celui des céréales. Cependant, les précédentes initiatives des autorités russes dans ce domaine n'avaient jamais suscité de réaction aussi orageuse de l'Occident. Par exemple, le ministre russe de l'Agriculture avait maintes fois déclaré qu'il souhaitait créer une "OPEP céréalière", organisation qui serait chargée de coordonner les ventes mondiales de céréales. Ce projet n'avait pas enthousiasmé les spécialistes russes, tout d'abord, parce que les actions concertées sont impossibles sur le marché des céréales, à la différence de ce qui se produit dans l'OPEP. Le fait est que, dans les pays membres de l'OPEP, l'Etat bénéficie d'un monopole en matière d'extraction et d'exportation de pétrole, alors que le commerce des céréales est la prérogative de compagnies privées dans la majorité des pays exportateurs de céréales.
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thierry.F

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