Le prix à payer pour être journaliste en Russie aujourd’hui

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Le prix à payer pour être journaliste en Russie aujourd’hui

Message  jean françois le Sam 8 Nov - 14:21:59



Le 30 août 2006, la Russie a commémoré le quarante-neuvième anniversaire d’ Anna Politkovskaïa, journaliste russe respectée, auteur de nombreux articles et livres sur la guerre en Tchéchénie , sur les droits de la personne en Russie aujourd’hui, sur le Président russe Vladimir Poutine et sur le bilan de sa présidence. Elle a été assassinée le 7 octobre 2006, à Moscou, dans la cage d’escalier de son propre immeuble, victime, dit-on, d’un contrat d’assassinat. Assez étrangement, ce meurtre a eu lieu le jour de l’anniversaire de Vladimir Poutine. Une enquête officielle sur son assassinat est en cours. Les autorités policières veulent mener l’enquête, ce qui soulève des doutes chez beaucoup d’observateurs. En effet la rumeur veut que des officiers du Service fédéral de sécurité (FSB) soient impliqués dans le meurtre de Politkovskaïa. Le meurtre de Politovskaya est loin d’être le seul malheur frappant des journalistes russes. Anna Politkovskaïa était correspondant permanent de l’hebdomadaire national russe Novaya Gazeta. Or cinq autres journalistes de ce journal ont été assassinés, y compris son ex rédacteur-en-chef, Youry Schekhochikhin. La mort d’Anna Politovskaya est toujours enveloppée de mystère. Depuis, le 6 mars 2007, un autre journaliste russe est mort à Moscou dans des circonstances mystérieuses. Un correspondant militaire pour le Kommersant , le quotidien des affaires le plus influent en Russie, est mort après être tombé d’une fenêtre. Certains médias allèguent qu’il pourrait avoir été tué à cause de reportages critiques portant sur des affaires douteuses de commerce d’armes impliquant de hauts fonctionnaires russes. Treize journalistes russes ont été assassinés depuis 2006. Cela fait de la Russie le pays le plus mortel pour les journalistes après l’Irak et l’ Algérie au cours des 15 dernières années. Il est dangereux d’être journaliste en Russie. Les faits décrits ci-dessus ne sont que la pointe de l’iceberg et la Russie semble faire partie des pays où la liberté démocratique de parole est violée et supprimée dans chaque ville et village. Selon l’O.N.G. internationale Reporters sans Frontières, la Russie se classe au 147ème rang des 168 pays évalués en ce qui concerne la liberté de parole. Selon Reporters sans Frontières, la Russie souffre d’un manque de démocratie et élimine graduellement mais de façon les médias libres. Toujours selon Reporters sans Frontières des groupes d’industriels proches du Président Vladimir Poutine ont acheté presque tous les médias indépendants et une loi a été votée pour freiner les activités des organisations non gouvernementales. Le journaliste Andrey Babitsky a été enlevé en 2000 par des agents des services secrets russes ; il a été soumis par ses ravisseurs pendant plusieurs semaines à des humiliations en guise de punition pour sa dénonciation de crimes de guerre commis par l’armée russe en Tchéchénie. Mandril Gafurov, journaliste en République de Bashkortostan, a été impitoyablement battu par la police parce qu’il critiquait les autorités locales et la police locale. En conséquence, les médecins ont dû procéder à l’ablation d’un de ses reins . Victor Shmakov, journaliste et rédacteur du périodique provincial d’Oufa, capitale du Bashkortostan, a été harcelé pendant des d’années par la police locale à cause de ses activités éditoriales. Autre cas de persécution, le 20 septembre, la cour régionale de la ville de Saratov (région de la Volga, au centre de la Russie) a poursuivi le journal local Saratovski Reporter. Le journal avait publié un article critiquant la section locale du parti au pouvoir Edinaya Rossia’’ ,ses membres dirigeants et le président Poutine . Le Saratovski Reporter risque maintenant de perdre son permis et de devoir fermer boutique. Sergey Michaylov, rédacteur-en-chef ’ du Saratovski Reporter risque de se voir poursuivi en vertu de l’article 319 du code criminel russe et être condamné pour insulte à un fonctionnaire. Irina Vorobyova a été renvoyée de la chaîne de télévision « Les Nouvelles russes » en mars 2007 à cause de son reportage sur une démonstration pacifique contre Poutine à Saint- Pétersbourg qui a été brutalement dispersée par la police d’émeute le printemps dernier. Yury Bagrov a été envoyé comme journaliste par la station de radio Svoboda dans le Caucase du nord en 1999. Comme Babitsky, il a dénoncé des crimes commis par l’armée et les autorités russes dans le Caucase du nord. Constamment harcelé par les agents de FSB, il a dû demander cette année un asile politique à l’étranger. Les journalistes russes souffrent aussi maintenant de la "renationalisation’ ’ des médias en difficulté. Cette "renationalisation" constitue en réalité une sorte de "privatisation" déguisée au bénéfice de certains hauts fonctionnaires et de leur clique. Nadezhda Z., journaliste dans un des journaux locaux les plus influents de Saint-Pétersbourg, nous a communiqué des informations étonnantes sur la façon dont les médias locaux sont contrôlés par un petit groupe de fonctionnaires municipaux et leurs alliés. La plupart des périodiques, des maisons d’éditions des stations de radio et de télévision et les sources Internet de Saint-Pétersbourg sont, selon Nadezhda K sous le contrôle d’un petit groupe proche du gouvernement municipal. Qui plus est, Gasprom, le plus importante société d’Etat russe productrice de gaz, dirigée par des proches de Poutine, s’intéresserait beaucoup aux médias, en particulier aux émissions phares. Des fonctionnaires liés à Gasprom exercerait une énorme influence sur les journalistes et les maisons d’édition locales grâce à des subventions et diverses autres manipulations. Ces informations ont été confirmées par d’autres journalistes. Dans cette atmosphère, la censure devient en Russie partie intégrante de la vie sociale. A Saint-Pétersbourg, un organisme d’état, le Comité du gouvernement municipal en charge de l’interaction avec les média de masse, a été créé pour surveiller les activités des médias locaux. Ce comité est dirigé par Alla Manilova qui a été nommée à ce poste par le gouverneur de la ville Matvienko, un proche de Poutine. Il n’est pas possible de publier un article dans les journaux ou de faire une émission de radio ou de télévision sans leur accord. Toutes les chaînes de télévision fédérales russes sont sous le contrôle de fonctionnaires d’Etat proches du président Poutine, qui sont guidés par la doctrine de la "sécurité de l’information". La liberté éditoriale des années 1990 n’a pas duré longtemps et elle n’ existe plus pour les médias russes. D’autres difficultés confrontent la majorité des journalistes russes, en particulier la lassitude engendrée par de très dures conditions de travail. Yuri K., journaliste dans la ville méridionale de Krasnodar, travaille depuis plusieurs années à la station locale de radio et télévision. Il se plaint des conditions de travail imposées aux journalistes en général par les publications périodiques et les stations de radio et de télévision privées. Les journalistes sont payés la plupart du temps à l’article à des tarifs très bas ce qui rend leur existence extrêmement difficile. La presse manque de spécialistes, en particulier dans les villes de province en Russie, ce qui alourdit encore les tâches. Les stations de télévision russes envoient souvent leurs équipes à divers endroits éloignés plusieurs fois par jour pour couvrir des évènements. Les journalistes travaillent souvent sans que les heures supplémentaires, ou même leur travail ordinaire de jour comme de nuit, ne soit rémunéré. Les salles de rédaction et les bureaux sont surpeuplés, les téléphones et les ordinateurs en nombre très insuffisants et de façon générale, les conditions de travail très mauvaises et génératrices de stress. Selon Yuri K., "Ce cauchemar incite plusieurs de ses collègues à abuser de la bouteille pour se détendre à la fin de la journée". Nadezhda ajoute que "Les journalistes dans l’ensemble se sentent isolés et paient un lourd tribut psychologique engendré par leur conformisme et leur indifférence". Chacun lutte pour survivre dans le métier de journaliste en Russie.
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