Serbie : la réforme des services secrets va enfin commencer

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Serbie : la réforme des services secrets va enfin commencer

Message  kostas66 le Dim 16 Nov - 20:40:05



Le 18 juillet 2008, l’ancien chef de l’Agence pour la sécurité et le renseignement de Serbie (BIA) a remis les dossiers entre les mains de son successeur, Saša Vukadinović, juriste et ancien chef du département de la sécurité publique du ministère de la Justice.
Selon le protocole établi, Rade Bulatović a présenté à Saša Vukadinović une liste des enquêtes en cours, l’a initié aux archives et l’a informé sur les opérations secrètes en cours, y compris l’opération qui visait à l’arrestation du suspect pour crimes de guerre tant recherché, Radovan Karadžić.
Rade Bulatović, un ancien fidèle du Président Milošević et de l’ancien Premier ministre Vojislav Koštunica a aussi remis à Saša Vukadinović une dernière tâche à accomplir, la responsabilité de la réforme des services secrets tant redoutés, une institution notoirement connue pour ses sales coups, ses opérations secrètes, le harcèlement, l’intimidation et même le meurtre des opposants politiques.
En Serbie, les experts, s’accordent à penser qu’après avoir marqué un grand coup en arrêtant Karadžić le 21 juillet, trois jours après sa nomination, Saša Vukadinović pourrait connaître des jours plus difficiles.
En plus de la vague de ressentiment des nationalistes après l’arrestation de Karadžić, les services de sécurité vont devoir faire face des défis plus diffus. Le Parlement doit asseoir son contrôle sur l’agence..
Une seule tâche : préserver le régime à tout prix
Après la Seconde Guerre mondiale, les communistes mirent en place de redoutables services secrets, sur le modèle de ceux de l’Union soviétique, connus sous le nom de Département pour la sécurité d’État (UDB). Ces services avaient pour mission de juger et de persécuter les opposants politiques et les groupes nationalistes, leur mission première et essentielle étant de « préserver le régime à tout prix » comme l’a formulé un ancien agent.
Après la mort de Josip Broz Tito en 1980, et au cours de la dislocation brutale de l’ancienne Yougoslavie, les services de sécurité se sont scindés en six branches, une pour chacune des nouvelles républiques.
Après l’éclatement de la guerre dans les années 1990, Milošević réforma ces services secrets, qui devinrent le Département de la sécurité de l’État (RDB), une institution partiellement dépendante du ministère de l’Intérieur.
Le RDB, successivement dirigé par Zoran Janaćković, Jovica Stanišić, puis par Radomir Marković, a été un élément essentiel du régime Milošević. Ses agents et ses groupes paramilitaires ont participé à des opérations secrètes tout au long des guerres de Croatie, de Bosnie et du Kosovo, de 1991 à 1999, organisant ou même participant directement à des crimes de guerre.
Les paramilitaires des services secrets « ont laissé des traces de sang partout où ils sont passés », a déclaré Zoran Mijatović, ancien dirigeant des opérations. En Serbie, pendant ce temps-là , l’agence s’activait à soudoyer l’opposition anti-Milošević et les mouvements étudiants.
Après la chute de Milošević, des enquêtes ont montré que le RDB avait été impliqué dans l’assassinat du journaliste Slavko Ćuruvija, dans celui de l’ancien Président serbe Ivan Stambolić et dans deux tentatives d’assassinats manqués contre Vuk Drašković, alors dirigeant de l’opposition. Quatre proches du dirigeant du SPO avaient trouvé la mort dans la dernière tentative manquée.
Après la chute de Milošević, les services secrets ont abandonné leur ancien maître et même facilité son arrestation et son extradition vers le tribunal de La Haye, où il est mort en 2006.
Mais les agents de l’unité pour les opérations spéciales (JSO), liés aux hommes politiques nationalistes et aux groupes du crime organisé ont eu peur que le nouveau gouvernement réformiste, sous la direction de Zoran Djindjić, mette un terme à leurs pratiques.
Le 12 mars 2003, le colonel du JSO Zvezdan Jovanović tira deux coups de feu avec son fusil anti-sniper, tuant Zoran Djindjić devant le siège du gouvernement à Belgrade. Jovanović a été condamné à la peine de prison maximale de 40 ans de prison pour ce crime.
Depuis le meurtre de Zoran Djindjić, les services secrets ont été réformés une nouvelle fois, et rebaptisés sous le nom de Agence pour la sécurité et le renseignement, ou BIA. C’est cette agence que dirigeait Rade Bulatović, confident de Koštunica et l’ancien fidèle de Milošević.
Qui contrôle les services secrets ?
En 2007, Vojislav Koštunica a reçu l’approbation du Parlement pour former un gouvernement quelques minutes seulement avant la date butoir fixée par la Constitution, et après des mois de difficiles négociations.
Selon les médias, l’obstination de Koštunica à vouloir conserver la main mise sur l’agence de sécurité et à garder Rade Bulatović à sa tête avait été la principale pierre d’achoppement durant les longues tractations entre son propre Parti démocratique de Serbie (DSS) et le Parti démocratique (DS) de Boris Tadić.
Toutefois, l’agence n’a pas avantage été soumise à un réel contrôle parlementaire que par le passé. Bien qu’elle soit légalement obligée de remettre « un rapport de travail » sur ses activités et sur « la situation de la sécurité dans la République de Serbie » à la Commission parlementaire pour la défense et la sécurité, les parlementaires ne peuvent pas faire grand-chose d’autre que lire le rapport et digérer ses conclusions.
Les experts de la sécurité affirment que le Parlement reste toujours très peu informé sur les activités de l’agence. « Les députés de la Commission savent bien peu de choses sur le travail de l’agence », affirme Dejan Anastasijević, un analyste de l’hebdomadaire Vreme.
Une réforme de l’agence est entrée en vigueur le 31 décembre 2007, à la suite de l’adoption d’une nouvelle loi sur le contrôle des services de renseignements - c’est-à-dire le BIA, l’Agence de la sécurité militaire (VBA) et le service de renseignement du ministère des Affaires étrangères.
Selon la nouvelle loi, les membres de la Commission parlementaire ont en théorie le pouvoir d’exiger des documents spécifiques de l’Agence sur ses opérations et ils peuvent pénétrer dans les bureaux du quartier général de l’agence, situés à Banjica près de Belgrade, quand ils sont à la recherche d’information particulière.
Selon les experts, cette nouvelle loi est largement sans effet pour le moment, car elle entre en concurrence avec la législation existante sur le travail de la BIA. Cette loi demande seulement à l’agence de soumettre deux rapports annuels au Parlement, et son directeur garde la possibilité d’apporter des restrictions à l’information fournie.
Zoran Dragišić, de l’Institut de la Sécurité de l’Université de Belgrade, qui a eu pour étudiants la plupart des cadres de la BIA, estime qu’à l’avenir une réforme plus réfléchie devrait être menée : « les réformes devront concilier le besoin du secret pour le travail de l’agence et le besoin d’un contrôle public ».
Les tribunaux de Serbie ont très peu, voire aucun contrôle sur les procédures de l’agence et son champ d’intervention. Alors qu’en théorie les agents sont responsables uniquement de la collecte des renseignements et de leur transfert à la police et aux autorités judiciaires, la réalité demeure bien différente.
Il faut une vraie réforme
Les experts pensent que le nouveau gouvernement de Serbie, formé le 7 juillet 2008 par les démocrates de Boris Tadić et le Parti socialiste de Serbie, devrait faciliter une réforme plus complète de la BIA.
La création de cette nouvelle coalition n’a toutefois été possible que parce que Rade Bulatović a viré de bord : après avoir prêté allégeance à Vojislav Koštunica, il s’est tourné vers Boris Tadić. « Il savait que les démocrates et les socialistes étaient en train de forger une alliance, mais il n’en pas soufflé mot à Koštunica », explique Dejan Anastasijević. « Bulatović a aidé Tadić en gardant le silence ». L’ancien chef des services secrets a été récompensé par un poste d’ambassadeur à Athènes.
L’opération pour retrouver la trace et arrêter Radovan Karadžić semble avoir était le fruit des efforts de l’agence, engagés des mois avant la nomination de Saša Vukadinović.
Pendant que les agents secrets étaient sur les traces de Karadžić, « le nouveau chef en était encore à se familiariser avec son nouveau poste » nous a confié un agent, précisant cependant que Saša Vukadinović était au courant de l’opération.
Les analystes voient en Saša Vukadinović un homme compétent et déterminé, mais ils pensent pourtant qu’il ne pourra pas faire grand chose s’il ne reçoit pas un soutien politique et légal extérieur à l’agence. « Quelles que soient son honnêteté et ses capacités, un homme seul ne peut rien faire sans soutien », admet Dejan Anastasijević.
Il ajoute qu’une des première tâches de Saša Vukadinović sera de mettre fin à la pratique bien connue de la surveillance illégale et de la mise sous écoutes de milliers de personnes pour des raisons plus politiques que sécuritaires.
Un instrument essentiel pour garder le BIA sous contrôle, en attendant sa complète refonte, sera probablement le Conseil national de sécurité. Sous l’autorité de Boris Tadić, il comprend le Premier ministre, Mirko Cvetković, les chefs des agences de sécurité, le chef de l’agence militaire de renseignements, le Général Sretko Kovać et le ministre de l’intérieur, Ivica Dačić.
Jusqu’à présent, ce conseil a toujours été inefficace car il est divisé entre les pro-occidentaux loyaux envers Boris Tadić et les nationalistes alliés à Koštunica, mais les choses sont en train de changer. « Maintenant, le conseil est politiquement uni », affirme Dejan Anastasijević.
Selon un agent, la première tâche de la BIA, après l’arrestation de Karadžić, a été d’enquêter sur les menaces de mort proférées à l’encontre de Boris Tadić et des responsables de l’opération Karadžić.
C’est un nouveau signe que la BIA cesse peu à peu de former « un État dans l’État », ne devant des comptes qu’à elle-même, et qu’elle répond mieux aux besoins et aux attentes des responsables politiques élus par les citoyens du pays.

kostas66

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