Le Tu-160, arme de persuasion

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Le Tu-160, arme de persuasion

Message  thierry.F le Ven 28 Nov - 20:50:34



L'apparition de bombardiers Tu-160 sur la base aérienne vénézuélienne de Libertador a été l'un des derniers éléments de la nouvelle guerre froide en cours. De telles actions peuvent être interprétées de différentes manières, mais elles servent avant tout de démonstration de force. En l'occurrence, les Etats-Unis qui déploient leur propre système de sécurité en Europe de l'Est doivent réfléchir au risque de voir apparaître dans leur "arrière-cour" des avions de combat d'un éventuel adversaire. En outre, des navires de guerre russes apparaîtront bientôt dans les eaux du Venezuela: les forces navales des deux pays envisagent d'effectuer des exercices communs.
Ces jeux ne datent pas d'hier: un début de confrontation globale entre la Russie et l'Empire britannique avait déjà eu lieu au XIXe siècle. Les deux parties avaient envoyé leurs navires dans des régions stratégiques uniquement pour "montrer leurs couleurs" et prouver à l'adversaire potentiel leur volonté de défendre leurs intérêts et leur capacité à le faire.
L'apparition de bombardiers lourds russes dans la région des Caraïbes peut être évaluée sous différents angles. Du point de vue géopolitique, cet acte doit rappeler aux Etats-Unis la nécessité d'adapter leurs actions en fonction de l'avis des autres pays. En fin de compte, dans la mesure où les Etats-Unis ne cessent de déployer des ouvrages militaires à proximité des frontières de la Russie, il serait étrange d'estimer que ces actions doivent rester sans réponse: l'apparition de Tu-160 capables d'emporter une importante charge nucléaire témoigne précisément de la possibilité d'une telle réponse.
Du point de vue militaire, le vol d'avions russes jusqu'au Venezuela n'a rien d'extraordinaire, cependant, la possibilité de leur apparition régulière dans la région doit obliger les Etats-Unis à réfléchir à leur vulnérabilité. Les principales forces américaines de défense antiaérienne et antimissile sont historiquement orientées vers le pôle, car c'est au-dessus de l'Océan Glacial Arctique que passent les principales trajectoires des frappes nucléaires éventuelles. Par conséquent, le front Sud est bien plus faiblement protégé, c'est pourquoi l'éventualité d'une menace émanant de la mer des Caraïbes et du golfe du Mexique est une surprise pour le moins désagréable, compte tenu du budget déjà surchargé du Pentagone.
En fin de compte, la compréhension du fait que les tentatives d'isoler la Russie au moyen de l'élargissement de l'OTAN et du déploiement de la défense antimissile s'avéreront inutiles - car Moscou trouvera aussi bien une réponse militaire adéquate que des pays prêts à l'aider à percer le front de l'OTAN, qui est en réalité loin d'être monolithique - doit amener les Etats-Unis à se rendre compte de la nécessité de parvenir à un compromis.
Ce compromis pourrait être écarté par la conscience "messianique" de nombreux hommes politiques américains, et notamment John McCain. La foi absolue en son bon droit et le refus de prendre en considération la position de l'autre partie constituent la voie royale vers l'aggravation de toute situation de conflit. Si John McCain remporte la présidentielle, il ne déclenchera probablement pas une troisième guerre mondiale, mais le conflit entre la Russie et les Etats-Unis pourrait retrouver ses formes sérieuses des années 60-80, en passant à une opposition militaire aggravée par une crise économique globale.
En même temps, la Russie juge inadmissible la situation actuelle, où l'architecture européenne en matière de sécurité est édifiée sans elle et, pour l'essentiel, contre elle, qui plus est selon les plans d'un pays situé en dehors du continent européen.
Les intérêts de la sécurité du pays et de ses citoyens impliquent que l'avis de la Russie soit pris en considération dans ce domaine. Les Etats-Unis devront reconnaître à la Russie le droit de participer au règlement des problèmes de sécurité en Europe, sans quoi ils se heurteront à d'autres méthodes de persuasion. Rappelons que, pour assurer le retrait des missiles américains de Turquie, l'URSS avait déclenché la crise des Caraïbes. Les missiles soviétiques ne sont pas restés longtemps à Cuba, mais le but fut atteint: prenant conscience de la gravité de la menace, les Etats-Unis éloignèrent leurs missiles des frontières soviétiques.
Néanmoins, dans un monde où les superpuissances se persuadent l'une l'autre de réfléchir à la sécurité collective à l'aide d'arguments thermonucléaires, la vie est très inconfortable. Espérons que le vol démonstratif des Tu-160 associé aux manoeuvres non moins démonstratives d'un groupe de navires de guerre suffiront à forcer les Etats-Unis à réfléchir à deux fois aux conséquences éventuelles de leurs actions.
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