Moldavie : plus d’autonomie pour la Gagaouzie ?

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Moldavie : plus d’autonomie pour la Gagaouzie ?

Message  kostas66 le Ven 12 Déc - 22:14:28



La Gagaouzie, petite région autonome située au sud de la Moldavie, longtemps bastion du Parti communiste, est agitée par de violentes luttes politiques, sur fond de corruption et de redéfinition des délicats équilibres politiques avec la capitale moldave Chisinau. Alors que certains relancent l’option séparatiste, l’actuel chef du Gagauz Yeri, l’entité autonome, le « Bashkan » Mihail Formuzal, plaide pour une fédéralisation de la République de Moldavie.
Le Soviet Suprême de Comrat, la capitale du Gagauz Yeri
Les communistes moldaves ont mené ces dernières années une bataille difficile pour essayer de mettre la main sur le gouvernement local en Gagaouzie. Après avoir perdu le siège de gouverneur, puis les élections locales, ils ont aussi perdu la majorité au sein du Parlement local. Ils ont rassemblé tous leurs efforts pour maintenir le pouvoir en obtenant le siège du président du Parlement populaire de la Gagaouzie, un scandale qui a été au centre de la politique moldave pendant plus de deux mois. Mais le dernier bastion est aussi tombé.
La Gagaouzie est une région située au Sud de la République de la Moldavie, principalement peuplée de Gagaouzes, un peuple d’origine turque. Après avoir vécu sous l’occupation ottomane, ils se sont déplacés vers le Sud de la Bessarabie à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème, dans une région appelée Bugeac, une colonisation encouragée par la Russie. Les Gagaouzes apprirent à écrire et à parler le russe et transformèrent peu à peu les steppes de Bugeac en une fertile région agricole.
Les Gagaouzes n’eurent pas d’Etat jusqu’à la dissolution de l’Union soviétique. D’abord apparu comme un mouvement intellectuel, le nationalisme gagaouze devint une force douée d’ambitions politiques dans les années 1980. Le 19 août 1991, avant même la proclamation d’indépendance de la Transnistrie, la Gagaouzie avait proclamé sa séparation de la République Moldave. Mais c’est seulement en 1994, que le président moldave de l’époque, Mircea Snegur, lui concéda un système particulier d’autonomie, avec ses propres institutions législatives et exécutives. Depuis lors, le 23 décembre est célébré comme le jour national de l’Unité administrative territoriale de la Gagauz Yeri.
Au 1er janvier 2008, 155 592 personnes résidaient en Gagaouzie, dont 85 000 avaient le droit de vote. 82.6% étaient des Gagaouzes, 4.6% des Moldaves et des Roumains, 3.0% des Ukrainiens, 3.7% des Russes, 5.1% des Bulgares et 1% d’autres nationalités. Actuellement, la majorité des habitants de la Gagaouzie parle le russe, suite aux politiques d’assimilation de la période soviétique.
Après avoir été considérée comme la « région la plus rouge » en 2001, étant donnée la victoire du Parti communiste, qui avait remporté plus de 80% des voix aux élections pour le Parlement de Chisinau, la Gagaouzie a perdu confiance dans les promesses des communistes aux élections parlementaires moldaves suivantes de 2006 : les communistes chutèrent de 30% des voix dans l’Unité administrative autonome de Gagaouzie.
Le pouvoir local gagaouze commença aussi à changer de couleur. Fin 2006, le siège du gouverneur de la Gagaouzie (appelé « Bashkan ») était détenu par Gheorghe Tabunscic, avant de passer à Mihail Formuzal, président du Conseil politique du Parti populaire républicain et ancien maire de la ville de Ceadâr-Lunga. En commentant les élections pour le poste de Bashkan en 2006, l’Association de la presse indépendante dut déclarer que la campagne avait été la plus corrompue de toute l’histoire de l’Unité administrative territoriale de Gagauz Yeri. La population locale semblait très préoccupée du fait que Tabunscic était ouvertement soutenu par les communistes de Chisinau. De plus, les communistes menaçaient clairement la région autonome d’interrompre tout soutien financier, y compris le versement des allocations de retraites.
Fin de l’hégémonie communiste
Les dommages économiques subis par la Gagouzie en 2006-2007 à cause de cette « guerre du vin », alors que l’économie de la province est fortement dépendante de la production vinicole, expliquent l’ampleur du vote sanction contre les communistes (Lire notre article : « Moldavie : la Russie se sert du vin pour arriver à ses fins »-.
Les dernières élections pour l’Assemblée populaire de la Gagaouzie - le Parlement local – ont aussi connu de nombreuses difficultés : à commencer par trois mois de retard avant que le processus de vote ne pût commencer, à cause de l’absence de moyens financiers, jusqu’aux scandales entourant l’élection du président de l’organe législatif local.
En mars 2008, le 35 députés élus à l’Assemblée populaire de Gagaouzie se répartissaient entre 21 députés indépendants, 10 communistes, 2 démocrates et 2 députés appartenant au mouvement social-politique « Ravnopravie » (« Égalité » en russe). En raison de cette composition hétérogène, le choix du chef du Parlement est resté bloqué pendant plus de deux mois. La grande question était de savoir si le président de l’Assemblée populaire pouvait être ou non un communiste. Après cinq tentatives de vote et l’élection non validée du candidat communiste, Demian Karasei, le 16 juin 2008, Serghei Cernev, représentant de « Ravnopravie », devint président de l’Assemblée.
Les récents scandales au sein de l’Assemblée populaire de l’Unité administrative territoriale de Gagauz Yeri, ont relancé le débat sur le séparatisme gagaouze. La presse locale, comme celle de Transnistrie, débordait de prises de position sur le sujet. La publication locale russophone Edinaia Gagauzia (« Gagaouzie unie ») a rapporté les déclarations du Président moldave, Vladimir Voronin, selon lesquelles la Gagaouzie obtiendra un statut politique analogue à celui de la République de la Transnistrie, au cas où une solution finisse par être trouvée pour le conflit transnistrien. Selon ce journal, l’Unité administrative territoriale de la Gagaouzie est considérée comme une source potentielle de conflit, et pourrait suivre l’exemple de la Transnistrie en servant les intérêts russes au sein de la République moldave.
Relance des projets séparatistes
Contrairement aux études historiques, Ivan Burgugi soutient que Bugeac n’a jamais fait partie de la République moldave, et que cette région a même formé un Etat indépendant, qui avait une frontière commune avec la Moldavie. Cette thèse est l’argument de fond sur lequel repose sont idée de créer une République de Bugeac.
Selon lui, la fin des années 80 du 20ème siècle a apporté la conscience de soi non seulement pour les nations titulaires, mais aussi pour les minorités ethniques. Il y a eu des propositions sérieuses visant à créer une République du Bugeac, mais la dissolution de l’Union Soviétique interdit à ce projet de se réaliser sur le terrain.
Toutefois, la position officielle de la Gagaouzie, concernant sa séparation d’avec la Moldavie, reste différente de ce genre de points de vue. Le Bashkan de la Gagaouzie Mihail Formuzal a déclaré que, malgré les tensions croissantes entre Chisinau et Comrat, la capitale de l’Unité administrative territoriale de Gagauz Yeri, il n’y avait pas de volonté séparatiste dans la région autonome. « Nous cherchons à être un modèle dans les relations avec le centre, à offrir un exemple significatif de relations entre autorité autonome et autorité centrale de l’Etat », affirmait Mihail Formuzal, qui soutient cependant avec ardeur le projet d’une réforme fédéraliste de la République moldave.

kostas66

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