ABM: une menace invincible?

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ABM: une menace invincible?

Message  thierry.F le Mar 23 Déc - 20:14:15



Le déploiement en Europe de la troisième zone de positionnement de l'ABM américain passe progressivement du domaine des menaces potentielles à celui de la réalité. L'accord signé le 8 juillet 2008 avec la République tchèque sur le déploiement d'un radar américain sur son territoire, ajouté à l'accord en préparation avec la Pologne portant sur le déploiement de missiles intercepteurs dans le pays, soulèvent à nouveau la question de la menace militaire que représente le déploiement du bouclier antimissile américain.
Nombre d'affabulations ont déjà été faites autour de ce système et en particulier autour de sa composante européenne. On va jusqu'à dire que les silos en Pologne sont en réalité destinés à des missiles balistiques de moyenne portée, et non à des missiles intercepteurs. Ces missiles balistiques sont capables de frapper en l'espace de quelques minutes les centres de commande à Moscou et aux alentours, privant ainsi le pays et ses forces armées de commandement. Si ces informations étaient véridiques, la menace serait vraiment sérieuse, mais pour l'instant, elles ne correspondent pas à la réalité.
La version officielle américaine n'est d'ailleurs pas plus convaincante. Washington prétend que le bouclier antimissile est destiné à protéger le territoire des Etats-Unis et de leurs alliés contre une éventuelle attaque de missiles en provenance des "Etats voyous". Par un étrange concours de circonstances, les zones de positionnement de l'ABM américain sont déployées à des endroits qui sont loin d'être optimaux pour intercepter des missiles en provenance d'Iran ou de Corée du Nord, mais, en revanche, étonnamment propices à l'interception de missiles tirés depuis le territoire russe en direction des Etats-Unis.
Cependant, les chefs militaires russes et certains spécialistes en Russie et à l'étranger affirment que même après le déploiement de la troisième zone de positionnement en Pologne, le système ABM sous sa forme actuelle ne présentera aucune menace pour les forces nucléaires stratégiques russes. Comment expliquer alors la réaction nerveuse des militaires et hommes politiques russes face à la construction de ce système?
La réponse est dans les termes "premier coup" et "réduction des potentiels nucléaires". L'interdiction de déployer un système global de défense antimissile, imposée par le traité de 1972, excluait la possibilité d'effectuer impunément des frappes nucléaires préventives. Le potentiel que conservaient l'URSS et les Etats-Unis dans le cas où l'un des adversaires n'arriverait pas à parer un premier coup imprévu était plus que suffisant pour causer à l'ennemi des préjudices inacceptables, à savoir pour détruire des villes avec la majorité de leur population, ce qui aurait entraîné en outre des conséquences globales comme par exemple un hiver nucléaire.
La réduction des armements nucléaires, avec en parallèle l'amélioration de la précision et de la "pureté" des ogives et la diminution de leur puissance en TNT, ont rapproché les armements nucléaires stratégiques de leur seuil d'utilisation tolérable. Un échange de frappes nucléaires entre la Russie et les Etats-Unis ne signifierait plus la fin inévitable de la civilisation humaine. Dans le cas où l'une des deux parties effectuerait une première frappe, le nombre de missiles à la disposition de l'adversaire lui permettrait de causer des préjudices inacceptables à l'agresseur.
Le système ABM permet de diminuer radicalement ce nombre. En cas de déploiement définitif (avec des systèmes basés au sol, embarqués et stationnés dans l'espace), les Etats-Unis auraient, pour la première fois depuis les années 1940-1950, la possibilité d'effectuer une première frappe nucléaire écrasante contre la Russie sans craindre une quelconque riposte. Les quelques dizaines de missiles qui survivraient à une attaque de forces non-nucléaires (notamment d'armes de très haute précision capables de détruire les pas de tir protégés) et à une première frappe nucléaire représenteraient alors une cible facile pour un système ABM opérationnel et déployé à cent pour cent.
Le résultat d'une telle violation de la parité stratégique est évident. La Russie, qui se verrait de nouveau obligée d'accroître son potentiel nucléaire stratégique, serait entraînée dans une nouvelle course aux armements, dans des conditions plus difficiles qu'à l'époque de l'URSS. Par ailleurs, l'accroissement de ce potentiel ferait l'objet de restrictions relativement dures, tant extérieures - sous forme d'accords internationaux qu'il est pour l'instant impossible de rompre - qu'intérieures, au vu de l'état actuel du secteur nucléaire et balistique, qui est objectivement pire qu'à l'époque soviétique.
Que pourrait-on entreprendre dans une telle situation? Il serait probablement plus prudent de déployer son propre bouclier antimissile, capable d'affaiblir une frappe imprévue de l'adversaire contre les forces nucléaires stratégiques russes. Compte tenu du coût du déploiement d'un tel système, il serait impossible de couvrir l'ensemble du territoire russe, mais il serait tout de même possible et nécessaire de couvrir d'une sorte de "cloche" les zones les plus importantes où sont basées les forces nucléaires stratégiques, en assurant ainsi la sauvegarde du potentiel. Cela dit, une telle solution ne serait ni facile, ni économique.
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