MARINA SEMENOVA : 100 ANS

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MARINA SEMENOVA : 100 ANS

Message  jimmyolsen le Sam 14 Juin - 11:52:42



Le centenaire de la grande danseuse russe Marina Semenova est un des événements grandioses de ce XXIe siècle. Début juin, le théâtre Bolchoï organise un grand festival pour célébrer - un cas sans précédent - les cent ans d'une ballerine de son vivant, qui plus est, d'une véritable déesse de la danse académique.
La grandeur du talent de Semenova est hors du temps. Elle est un symbole culte de la danse, inscrit dans les réalisations créatives de l'humanité. Elle a été la première danseuse russe à avoir inauguré une nouvelle époque dans l'art de l'interprétation.
Marina Semenova est l'incarnation idéale de l'école russe du XXe siècle, l'image d'une ballerine excluant toute minauderie. Tout comme le timbre exceptionnel de Maria Callas ou de Fedor Chaliapine sont reconnaissables dès la première note, la silhouette ciselée et fière de Semenova est identifiable au premier coup d'oeil.
A propos, les artistes photographes de l'époque semenovienne adoraient prendre en photo la ballerine de dos, se livrant à des expériences habiles, jonglant avec les angles de prise de vue et jouant avec le clair-obscur. Si Michel-Ange avait voulu sculpter une représentation de Terpsichore au XXe siècle, il aurait sans doute choisi Semenova comme modèle. Le ciel l'a douée des qualités rarissimes d'une grande ballerine: allure majestueuse, port de tête et maintien aristocratiques, merveilleux galbe de l'épaule, jambes aux lignes antiques et bras souples et expressifs.
Sa danse musicale à la pureté calligraphique est devenue une référence pour le ballet du XXe siècle. L'ampleur et la force de ses mouvements, l'incroyable impression de liberté qui transparaissait dans ses spectacles a bouleversé ses contemporains. Semenova connaissait les secrets de la maestria et avait été initiée aux rites sacrés de l'art de la danse. Sa maestria plongeait ses racines dans l'héritage de la grande initiatrice Agrippina Vaganova. Marina Semenova est le chef-d'oeuvre issu de son génie pédagogique, sa première et meilleure disciple, formée selon les anciennes traditions. Mais dans le même temps, appréciant beaucoup la virtuosité italienne, Vaganova ajouta de nouvelles techniques à ces traditions, pour finalement aboutir à un résultat tout à fait harmonieux.
Apparue pour la première fois devant le public léningradois en 1925, dans le ballet "La Source" de Léo Delibes, Marina Semenova éblouit les spectateurs. L'interprétation de la jeune danseuse dans ce ballet ancien produisit, selon les critiques, "l'effet d'une bombe", en détruisant d'un seul coup les assertions sur la non-viabilité de la danse classique. A la sortie de l'école de danse, Semenova était déjà considérée comme une ballerine fin prête et non comme une simple étudiante. De toute l'histoire du ballet classique, personne n'avait encore possédé de qualités aussi parfaites. Ses débuts correspondent à l'entrée éblouissante d'une Ballerine dans le royaume de la danse classique du XXe siècle.
Tout au long de ses années au Théâtre d'opéra et de ballet de Leningrad, en alliance harmonieuse avec Agrippina Vaganova, Semenova créa toute une série de précieux rôles de ballerine. Elle donna un nouveau souffle à la danse classique, qui traversait alors une lourde crise. Semenova la réanima littéralement, la ressuscita en la sortant de l'oubli de l'après-révolution et de sa "longue maladie", elle apporta au lexique académique la joie de vivre et la beauté de l'absolu classique.
En 1930, Semenova s'installa à Moscou, au théâtre Bolchoï, où elle devint rapidement l'idole du public moscovite. Elle fut le premier "cygne" ayant migré de Leningrad à Moscou: par la suite, de nombreuses ballerines léningradoises de talent ont suivi son exemple et se sont installées dans la capitale. La fameuse scène désirait depuis longtemps une telle danseuse: le Bolchoï, avec sa colonnade classique et la splendeur de ses loges en or et en velours, était un écrin digne de son brillant talent.
Le Bolchoï n'avait jamais connu de ballerine aussi splendide avant l'arrivée de Semenova. Son art contribua non seulement à la renaissance de la danse classique au XXe siècle, mais également à celle du théâtre lui-même. C'est ici, sur un sol fertile nourri de traditions moscovites, que le talent divin de Semenova connut son épanouissement. Elle sut merveilleusement bien marier l'académisme de tout premier ordre provenant de l'école de Vaganova, le charisme jubilant du style moscovite et la puissante énergie de son talent. C'est à cet endroit qu'elle dansa dans le ballet le plus moscovite, "Don Quichotte". Dans la danse de Kitri et de la Danseuse de rue, elle donna l'image d'une femme charmante habituée à régner en maître. Le caractère fort de Semenova, sa droiture, son esprit fin et son franc-parler, tout convenait parfaitement à l'atmosphère qui régnait alors à Moscou.
La représentation de la danseuse dans le rôle de Giselle sur la scène de l'Opéra de Paris en 1935, en compagnie de Serge Lifar, fut un événement de portée européenne. Son partenaire de danse ne lui a d'ailleurs jamais pardonné ce formidable succès auprès du public français.
Mais dans les années 1930-1940, le psychologisme dominait sur la virtuosité académique dans l'art de la danse, et Semenova, en tant que ballerine classique pure et simple, dont le talent ne convenait pas tout à fait à ces exigences, était alors peu demandée. Ainsi, elle ne participa pas aux mises en scène retentissantes telles que celles de "Roméo et Juliette", "La Fontaine de Bakhtchisaraï", "Laurencia" ou "Le pavot rouge". Elle n'eut à l'époque que des rôles secondaires dans la plupart des cas, bien que l'ampleur de son talent méritât mieux.
Marina Semenova était la meilleure ballerine classique, mais elle ne se vit pas accorder un tel statut à l'échelle mondiale. Qui plus est, elle quitta très vite la scène, avant même le début de l'époque des grandes tournées du Bolchoï à l'étranger. Mais l'amour sans bornes qu'inspirait Semenova et l'adoration du public n'ont jamais disparu. Elle était toujours un exemple à suivre pour ses jeunes disciples à l'école de danse. Elle a toujours joui d'un respect incontestable et d'une autorité professionnelle sans égal dans le monde du théâtre. Sa renommée auprès de ses collègues compensait en quelque sorte l'absence de distinctions gouvernementales.
Après avoir achevé sa carrière de danseuse au début des années 1950, Semenova consacra les cinquante années suivantes de sa vie à former de jeunes ballerines, devenant l'une des meilleures enseignantes du Bolchoï. Tout comme Agrippina Vaganova, elle connaissait parfaitement l'anatomie et la méthode d'enseignement de la danse classique. Elle était une dictatrice puissante et savait enseigner comme il se doit. Connue pour son caractère fort, elle pouvait rapidement remettre à leur place ses pupilles: tout le monde connaissait et redoutait son franc-parler. Elle a propulsé en haut de l'affiche une pléiade de danseuses de première classe, en les aidant notamment à se préparer à des concours de danse.
Impossible d'oublier l'ovation de quinze minutes que le public lui fit en 1985, lors de la cérémonie de présentation des membres du jury du Concours international d'artistes de ballet de Moscou. Debout, les spectateurs enthousiasmés scandaient "Bravo, Semenova!", en violant ainsi de fait les dogmes officiels, et protestant contre l'oubli administratif dont fut victime Marina Semenova, héroïne et orgueil du théâtre.
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