JARI KURRI Vol 1

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JARI KURRI Vol 1

Message  jimmyolsen le Dim 25 Mai - 23:47:23



Lorsque Jari Kurri monte pour la première fois sur des patins à trois ans, il tombe la tête la première et boude pendant un quart d'heure avant de se résoudre à retourner sur la glace. Rien ne le prédestine alors à devenir le meilleur joueur finlandais de tous les temps.

C'est pourtant ce qu'il sera, avec une classe d'avance sur ses compatriotes. Au sein des Edmonton Oilers des années 80, l'équipe la plus spectaculaire de l'histoire de la NHL, il forme un couple magique avec Wayne Gretzky et accumule les trophées. Doté d'un lancer puissant et surtout précis, grand travailleur en défense et homme des buts importants, il est reconnu à l'égal des plus grands, faisant ainsi taire tous les préjugés à l'égard des Européens.

Mais Jari Kurri a également eu un effet essentiel sur le hockey finlandais. Il l'a décomplexé, en lui apportant son premier titre international en juniors, mais aussi en prouvant par sa carrière que les Finlandais peuvent réussir au même titre que les autres. Même s'il n'a pas participé à la première médaille olympique ou au premier titre mondial de la Finlande, il en a été quelque peu le père spirituel, par le rôle de modèle qu'il a eu pour toute une génération, qui a enfin pris confiance en elle-même. C'est pourquoi son n°17 a été retiré non seulement chez les Edmonton Oilers, mais aussi en équipe nationale de Finlande, et finalement au Jokerit Helsinki lors de la cérémonie du 40e anniversaire du club.



Quand le Jokerit investit dans la formation

C'est à vingt mètres du pas de sa porte, sur une patinoire aménagée et déneigée par les pères du quartier, que Jari Kurri commence à jouer au hockey avec ses copains, en prenant à peine le temps de dîner entre deux parties. En compétition, il commence par l'athlétisme, comme son père, et son entraîneur, Raimo Vilen, un des meilleurs coureurs européens de 100m à l'époque, décèle en lui des qualités de sprinter. Sans doute aurait-il définitivement opté pour l'athlétisme, qu'il abandonnera à douze ans lorsqu'il faudra faire un choix, s'il n'avait pas eu la chance de se trouver au bon moment de l'histoire du hockey sur glace à Helsinki.

Auparavant, la formation des jeunes hockeyeurs était défaillante dans la capitale, où les clubs ne se préoccupent que de leur équipe-fanion. Résultat, la ville dominatrice du hockey finlandais est Tampere, où plus de mille jeunes jouent au hockey sans tous se préoccuper de l'élite, ce qui n'empêche pas les clubs locaux d'être les meilleurs du pays, bien au contraire. Un imprimeur de Tampere, Kalervo Lindgren, a déménagé à Helsinki et a voulu aider cette ville à se doter d'activités similaires pour les jeunes. Le HJK Helsinki lui a claqué la porte au nez, mais il a trouvé une oreille attentive en Aimo Mäkinen, le fondateur du Jokerit, qui veut donner de hautes ambitions à son nouveau club, tout en amenant les jeunes joueurs qui y sont formés jusqu'en seniors.


Le Jokerit organise donc un grand tournoi de détection annuel avec cinq cents participants de tous les quartiers de la ville. Kurri y est repéré dans l'équipe de Vuosaari (surnommée les "Toronto Maple Leafs" dans le cadre de ce tournoi), et intègre donc le club. Ses premiers entraîneurs au sein du Jokerit sont Leo Virmanen puis Pentti Katainen, dont les fils respectifs Matti et Panu évoluent sur la même ligne d'attaque que Jari Kurri. Le père de celui-ci, Ville, est quant à lui le chauffeur attitré des gamins qu'il emmène jouer dans les différentes patinoires de la région, souvent en plein air pour les jeunes.

En 1973, le rêve de Makinen prend corps. Non seulement les seniors du Jokerit remportent leur premier titre, mais en plus les moins de treize ans du club deviennent la première équipe de la capitale à remporter le championnat. Jari Kurri marque un but dans la finale gagnée 6-1 contre le KooVee Tampere. L'année suivante, les jeunes prodiges du Jokerit gagnent toutes leurs rencontres, sauf une : la finale, perdue 3-4 contre le Kärpät Oulu, qui compte dans ses rangs Kari Jalonen mais aussi Reijo Ruotsalainen, futur coéquipier de Kurri à Edmonton. Seuls trois joueurs de cette génération sont choisis pour jouer avec un an d'avance avec l'équipe première des moins de seize ans, et Jari Kurri n'en fait pas partie, jugé pas assez bon par l'entraîneur Kalevi Vietilä. Il attend donc une année avec une équipe bis avant de faire une irruption fracassante dans la catégorie. Avec ses 65 buts et 24 assists en 58 matches, il devient champion national des moins de 16 ans en étant le meilleur marqueur.

Héros national à dix-sept ans

Une nouvelle ère s'ouvre pour Jari : il s'entraîne désormais dans des patinoires cloisonnées, à dix heures du soir, des horaires également contraignants pour ses parents. Mais le fiston a du talent, et il intègre les équipes nationales de jeunes. Sa première sélection remonte à un tournoi en Allemagne fin décembre 1976. Le soir de la Saint-Sylvestre, le manager de l'équipe Pentti Katainen, toujours rigoriste de la discipline comme il l'avait été au Jokerit, permet aux joueurs de sortir en boîte, sous la condition expresse qu'ils ne consomment pas d'alcool, d'autant qu'ils sont mineurs. En rentrant dans la discothèque un peu plus tard dans la soirée, les accompagnateurs découvrent pourtant leurs poulains attablés autour de quelques bières, trahissant leur confiance. Les jeunes joueurs sont alors prévenus qu'un rapport sera adressé à la fédération et que leurs jours en équipe nationale sont comptés. En réalité, cette histoire n'aura aucune conséquence, même si Jari Kurri décide quand même qu'il honorera dorénavant avec plus de sérieux le maillot finlandais.

À dix-sept ans, pendant la saison 1977/78, il joue déjà en équipe première sur la quatrième ligne. Le Jokerit termine dernier mais sauve sa peau lors du barrage de relégation, où Jari Kurri ne fait pas que de la figuration avec un but et sept assists en six matches. Il faut dire qu'entre-temps, son statut a changé : il n'est plus un simple joueur anonyme, il est un héros national. En effet, aux championnats d'Europe des moins de dix-huit ans à Helsinki, la Finlande remporte sa première médaille d'or dans une compétition internationale et fait son entrée dans le concert des grands pays de hockey. Lors du match décisif contre les grands talents du hockey soviétique, c'est Jari Kurri qui conclut un match dantesque en inscrivant le but de la victoire au début de la deuxième prolongation. On s'arrache alors ce jeune homme discret élu meilleur joueur de ces championnats d'Europe juniors.

Jari Kurri devient la saison suivante un cadre du Jokerit, bien que toujours junior, et bien que n'ayant pas encore son permis, ce qui oblige son père à attendre tard dans la nuit le bus des joueurs sur le parking de la patinoire au retour des déplacements, pour le ramener à la maison. Jari Kurri se montre digne du dévouement paternel en devenant le troisième marqueur du Jokerit dès sa deuxième saison. La saison 1979/80 est également bien remplie pour Jari Kurri puisqu'il y effectue parallèlement son service militaire. Il trouve la discipline militaire un brin puérile, mais il ne se plaint pas car il est intégré au bataillon de Lahti, spécialement conçu pour les sportifs et qui permet quelques aménagements. Il dispute donc une dernière fois les championnats du monde des moins de vingt ans, où l'URSS de Krutov et Larionov tient sa revanche.

Le bon coup d'Edmonton

Mais ce n'est pas tout, car Jari Kurri débute aussi en équipe nationale et participe aux Jeux Olympiques de Lake Placid, où la Finlande pratique un jeu de qualité et mène jusqu'au troisième tiers-temps contre les États-Unis et l'URSS, les protagonistes du fameux "Miracle sur glace", mais cède à chaque fois en fin de match pour terminer à une quatrième place qu'elle ne connaît que trop bien. Cette génération en or, la Finlande entend la conserver pour monter enfin sur les podiums mondiaux. Elle fait donc signer des contrats à ses jeunes joueurs qui s'engagent à rester à la disposition de la sélection jusqu'aux Jeux Olympiques de Sarajevo. Les scouts de NHL barrent donc les Finlandais de leurs listes. Sauf l'un d'entre eux, un peu mieux renseigné que les autres. Barry Fraser, recruter des Edmonton Oilers, a sympathisé avec Matti Vaisanen, l'entraîneur du Jokerit, en allant assister à des rencontres du championnat finlandais. Il s'enquiert donc directement auprès de son ami de la situation de Kurri, et apprend que celui-ci n'a pas signé le contrat en question, car il veut se réserver la possibilité d'un départ en NHL. Cette ligue, qu'il ne connaissait quelques années plus tôt que par l'intermédiaire des cartes de collection, commence à prendre corps dans son esprit. Depuis quelques semaines, il prend des cours d'anglais, en cachette de ses parents, à l'initiative de Vaisanen.


Le jour de la draft 1980, les Edmonton Oilers attendent leur heure avant de sortir leur botte secrète. Pas besoin de se presser pour choisir Kurri, aucun Européen n'est choisi dans les trois premiers tours. C'est donc en soixante-neuvième position que Jari Kurri est sélectionné. Il est pourtant bien meilleur que le n°1 de ladite draft, Doug Wickenheiser. Encore faut-il bien sûr pour Edmonton que Jari accepte effectivement le contrat qu'on lui propose. Or, il ne se sent pas vraiment prêt, et la perspective de continuer à représenter l'équipe nationale n'est pas négligeable. Pour le persuader, les Oilers dépêchent un émissaire de choix, Matti Hagman. Celui-ci a été le premier Finlandais à passer directement de la SM-liiga à la NHL, en 1976, mais il est tombé dans la mauvaise équipe, les "Big Bad Bruins" de Boston de l'entraîneur Don Cherry, qui préfère le combat de rue à la créativité nordique. Matti Vaisanen, encore lui, l'a néanmoins recommandé aux Oilers qui l'ont mis sous contrat. Comme le défenseur au tir puissant Risto Siltanen est déjà à Edmonton, Jari aurait deux compatriotes pour l'entourer, s'il traversait l'Atlantique. Matti Hagman est un ennemi puisqu'il joue au HIFK, le club rival de Helsinki, mais c'est pourtant lui qui convainc Jari d'aller en NHL, lors d'une conversation assis sur l'herbe derrière une caserne de pompiers, une rencontre arrangée par l'inévitable Vaisanen, ancien entraîneur de Hagman au HIFK. La Finlande s'étonne de voir partir un joueur aussi jeune, et ses parents s'inquiètent, eux qui n'auront que très rarement l'occasion de l'avoir au téléphone.

Duo de rêve avec Gretzky

Jari Kurri a été la plupart du temps ailier gauche jusqu'ici dans sa carrière, mais à son arrivée à Edmonton, on le place à droite, et il y restera. Il est aligné sur le deuxième bloc des Oilers aux côtés de Matti Hagman, les deux Finlandais étant protégés par Dave Semenko, un ailier d'apparence peu commode qui intimide les adversaires par son seul regard. Mais la ligne fonctionne mal, et elle n'est pas la seule dans ce cas. Au bout de dix-huit matches pour seulement quatre victoires, le nouvel entraîneur Watson est limogé par le manager Glen Sather, qui reprend la place de coach qu'il lui avait abandonnée quelques mois plus tôt.

Une des premières idées de Sather est de mettre Kurri (20 ans) en première ligne avec le centre prodige Wayne Gretzky (19 ans), déjà élu meilleur joueur de NHL la saison précédente. Cette intuition se révélera être un coup de génie : un grand duo est en train de naître. Contrariant tous les préjugés sur les joueurs européens, Jari Kurri s'adapte assez facilement. Bien que les dimensions de la glace ne lui soient pas familières et que l'habitude nord-américaine de se débarrasser du palet au lieu d'avancer en le gardant sous contrôle lui soit étrange, il se fait assez bien au jeu physique, d'autant qu'il est assez rapide pour éviter les mises en échec et qu'il n'a rien à apprendre dans le domaine défensif où il excelle.

Un an plus tôt, Jari Kurri était un espoir prometteur mais qui ne s'était pas encore distingué parmi les tout meilleurs joueurs de SM-liiga. En l'espace d'une saison, le deuxième marqueur du Jokerit est devenu le deuxième marqueur des Edmonton Oilers, derrière le meilleur du championnat, Wayne Gretzky. Malgré un passage à vide de dix-sept rencontres sans marquer qui l'a fait douter, il a tourné à un point par match pour ses débuts en NHL, et fait encore mieux en play-offs. En inscrivant deux buts lors des deux premières manches gagnées à l'extérieur, il contribue au premier chef à l'élimination d'un des favoris, les Canadiens de Montréal. Les Oilers d'Edmonton, qui ne perdent que contre le futur champion, les New York Islanders, n'auront pas tardé à faire parler d'eux en NHL, de même que Gretzky et que l'inattendu Kurri.
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