LA CROATIE ET SON FUTUR NUCLEAIRE

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LA CROATIE ET SON FUTUR NUCLEAIRE

Message  thierry.F le Sam 27 Sep - 10:00:48



Le 4 juin 2008, un incident est survenu dans la centrale nucléaire slovène de Krško, qui se trouve à 40 km de Zagreb. L’événement n’a pas provoqué de panique mais a donné lieu à une discussion autour de deux questions importantes : dans quelle mesure la Croatie serait-elle prête à faire face à un éventuel accident grave ? Quels sont les plans pour la construction d’une centrale nucléaire en Croatie, qui ne sont plus qu’un secret de polichinelle ?
L’information sur « l’exceptionnel bloc d’activités » de la centrale de Krško a été diffusée en Croatie quelques heures seulement après l’incident. Les nouvelles étaient rassurantes, surtout quant aux fuites radioactives dans l’environnement, qui n’ont pas eu lieu. Cependant, le fait que Krško se trouve tout près de la zone de Zagreb, habitée par un million de personnes, et que la ville ne dispose que de 1020 abris, où pourraient se réfugier à peine 300 000 personnes, a suscité bien plus d’inquiétudes. S’ajoute à cela le fait qu’à 50 km environ de la frontière croate, se trouve une autre centrale nucléaire, celle de Paks, en Hongrie. Les Hongrois l’ont construite avec l’aide de l’Union Soviétique, avec une technologie toutefois plus avancée que celle de Chernobyl.
L’activité des quatre blocs de cette centrale aurait dû s’arrêter en 2012, mais étant donné qu’elle produit près de 40% de l’énergie électrique consommée en Hongrie, elle restera en fonction 20 années de plus. Cette centrale se trouve à la frontière de la région croate la plus fertile, dédiée à l’agriculture.
Un incident plus sérieux aurait eu des conséquences inimaginables quant à la pollution du terrain où se produit la majorité de l’alimentation en Croatie. Le 10 avril 2003, cette centrale a connu un « état de crise » qui, selon les affirmations officielles hongroises, n’a pas eu de conséquences sérieuses pour l’environnement ni pour l’homme. Or, selon l’échelle internationale INES (International Event Scale), qui mesure de tels incidents, celui survenu dans la centrale hongroise a été considéré comme « sérieux », se situant au troisième degré de l’échelle. Il s’agit, selon cette échelle, d’incidents où surviennent de petites fuites de matériel radioactif, engendrant des contaminations significatives ou bien des irradiations de personnes.
Une centrale nucléaire en Croatie
D’un autre côté, au cours des derniers mois, la nécessité d’une centrale nucléaire croate revient de plus en plus dans les débats croates. Lorsque la Croatie faisait partie de la Yougoslavie, des projets pour la construction d’une centrale atomique existaient déjà. Trois sites étaient alors mentionnés : Vir, sur la côte adriatique, Prevlaca, près de Zagreb, et Erdut, sur le Danube, dans les environs immédiats d’Osijek, quatrième ville croate de près de 100 000 habitants.
Des études sur ces sites avaient même été publiées, et 30 millions de dollars ont été dépensés entre 1979 et 1990 pour des travaux préparatoires de recherches sur une éventuelle centrale sur le Danube. Toutefois, après la tragédie de Chernobyl, la Yougoslavie adopta un moratoire sur la construction de nouvelles centrales : celle de Krško est la seule qui à avoir été construite sur le territoire de l’ancienne Fédération.
Après l’indépendance, en 1991, la Croatie reprit aussi ce moratoire, mais depuis 2008 on parle de plus en plus de la modifier. Des sources proches du lobby croate du nucléaire, qui soutient avec enthousiasme la construction de la centrale atomique, font savoir que le site sur l’Adriatique et le site près de Zagreb ont été éliminés de la liste. Le premier aurait nui au tourisme, le second serait trop proche de la centrale de Krško. Reste la troisième possibilité, le site sur le Danube, dans la zone nord-est du pays. Il y a une trentaine d’années, on a déjà publié des études sur ce site, qui peuvent être encore utilisées aujourd’hui, au cas où la Croatie déciderait de démarrer la construction d’une centrale atomique.
Après quelques déclarations sur le fait que la discussion sur le nucléaire n’a rien de sacrilège, le Premier ministre Ivo Sanader a affirmé le 7 juin dernier à Vienne que « la Croatie doit éliminer le tabou sur les centrales nucléaires et ouvrir un débat publique sur son avenir énergétique ». Cette déclaration fut faite à la radio autrichienne Oe 1, quelques jours seulement après l’incident de Krško. Les analystes l’ont interprétée comme un signal clair que la Croatie construira la centrale nucléaire, avec la bénédiction de l’Union Européenne, qui l’encouragerait même avec discrétion.
La centrale croate, selon les projets, devrait avoir une puissance de 4000 MW, ce qui dépasserait le niveau de la production actuelle totale d’énergie électrique en Croatie. En se référant à la puissance hydrique respective en réserve et au prix croissant du pétrole sur le marché mondial, le nucléaire semblerait la solution la plus adaptée. La Croatie pourrait exporter dans l’Union Européenne une part significative du courant produit par la centrale nucléaire, ce qui – selon le lobby du nucléaire – pourrait assurer d’une manière relativement facile des crédits favorables à sa construction.
Réconciliation atomique serbo-croate ?
Le site prévu pour la centrale nucléaire, sur le Danube, dans les environs d’Osijek, se heurte, cependant à deux sérieux obstacles. Le premier tient au fait que cette centrale serait située dans la zone la plus fertile de la Croatie. La population locale qui vit exclusivement de la production agricole s’y est déjà opposée. Jovan Jelić, maire de la commune d’Erdut, affirme que les habitants craignent pour l’avenir de l’agriculture et de la viticulture, il n’exclut pas la possibilité de protestations fortes si la décision était prise de construire la centrale dans cette zone. Il existe aussi, malgré tout, des personnes qui y voient un vivier d’emploi, puisqu’une si grande implantation nécéssiterait de nombreuses forces de travail.
L’autre problème sérieux est le fait que sur l’autre rive du Danube, se trouve la République de la Serbie, qui ne resterait sûrement pas indifférente devant la construction d’une centrale nucléaire croate à ses portes. Le lobby du nucléaire a une solution, même dans ce cas. La Croatie et la Serbie pourraient construire ensemble cette centrale, dépassant ainsi les réminiscences de la sanglante guerre de 1991. Cela améliorerait non seulement le potentiel énergétique des deux pays, mais aussi les relations de bon voisinage et favoriserait la construction d’une confiance réciproque. Même si pour le moment on n’évoque pas encore ouvertement cette idée, il n’est pas exclu que des propositions allant dans ce sens apparaissent sur la table des discussions, quand se décidera l’avenir nucléaire croate.
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