Belgique : retour vers le futur

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Belgique : retour vers le futur

Message  Gustavol le Jeu 1 Mai - 16:21:52




L’APRES HAL-VILVORDE (où l’avenir réécrit)

Que d’émotions ! Il y a quelques mois, je me suis promené sur des forums de discussion politique sur lesquels, bien entendu, il n’y en avait eu que pour le vote qui a eu lieu à la commission de la Chambre. Qu’y avais-je lu ? Des réactions à chaud qui, parfois, n’allaient pas dans le sens de l’apaisement. Certains affichaient leur raz le bol de la situation et ne rejetaient plus la perspective de la séparation. D’autres s’en prenaient un peu vertement aux flamands sans distinction (pourtant nécessaire), quelques flamands remettaient les francophones face à leurs responsabilités sans pour autant les détailler. En d’autres termes, il n’y avait que de l’émotion face à l’événement.

Et quelques mois ont passé, laissant l’impression que tout cela n’avait été qu’un mauvais rêve, avant de revenir ponctuellement depuis l’avénement du gouvernement Leterme, pourtant si difficilement constitué et si fragile. Fragile ? Effectivement, parce que le fait de ne pas parler d’une chose ne signifie pas qu’elle ait cessé d’exister. La politique de l’autruche ne mène jamais très loin.

Il s’agit bien d’un remake de « Retour vers le futur » version belge. Une énième version. Pire que les films de Stallone. Il convient pourtant d’aborder le sujet plus en profondeur, avec un nécessaire recul historique et politique. En 1970, la réforme de l’Etat consacrait de fait, le début de la partition du pays en communautarisant bon nombre de compétences fédérales. Les partis politiques, les syndicats, les mutuelles, les universités, en autres, se régionalisaient. Nous savons tous qu’il s’agissait de la résultante d’un mouvement revendicateur minoritaire et radical flamand. A cette occasion, comme cela sera dans les décennies suivantes, les partis politiques ont mené la danse sans se préoccuper de ce que voulait ou voudrait les citoyens. L’objectif n’était pas seulement la régionalisation de nombre de compétences fédérales, mais aussi, ouvrons les yeux, de permettre à des hommes et des femmes politiques flamands et francophones de devenir, du jour au lendemain, les maîtres chez eux.

Cette réforme de l’Etat a conduit à organiser un système de formation de gouvernement dans lequel il ne pouvait plus n’y avoir que des gouvernements de coalition. Ainsi, tous les partis politiques pouvaient prétendre, même minoritaires à l’issue des élections, à participer à la bonne conduite de la Belgique. Dans les années 70, puis dans le courant des années 80, trois crises majeures pétrolières ont secoué durablement une économie de plus en plus exsangue au sud du pays, alors qu’au nord, la situation socio-économique se rétablissait non sans, ne l’oublions pas, des hauts et des bas. Pour pouvoir gouverner à tous les échelons de pouvoir, fédéraux, communautaires et régionaux, la seule manière de pouvoir agir a été de mettre à l’ordre du jour des politiques reposant sur la culture du compromis.

Concrètement, nous le voyons aujourd’hui, avec le retour de la question communautaire sur la table du gouvernement et des chambres, ce système a non seulement vécu, mais il n’a jamais correctement fonctionné, et surtout, il a privé les citoyens d’un moyen de contrôle fiable, le seul qui soit crédible : les élections démocratiques. Si nous observons l’histoire économique des trente dernières années, nous pouvons constater que la situation économique au sud du pays ne s’est pas vraiment améliorée. Le chômage n’a jamais été aussi élevé, la dette publique est stratosphérique, le tissu économique s’est délité et stagne encore aujourd’hui malgré un plan Marschall dont on se demande quel peut être le parallèle qui pourrait être fait avec celui qui a été mis en place à l’issue de la seconde guerre mondiale. Au nord du pays, le mode de gouvernance est similaire à ce qu’il est au sud, mais la situation socio-économique s’est améliorée. Pourquoi ? Au niveau politique, les partis flamands ont pu se fédérer autour d’un objectif clair : le toujours plus communautaire. Sur cette base, il leur a été beaucoup plus facile d’établir des programmes de gouvernement ambitieux, visant non seulement à obtenir toujours plus de compétences, mais aussi à donner la leçon économique à un sud qu’ils percevaient, avec raison, comme déclinant. Il y avait une dynamique de revanche.

En quoi, dans ce système de gouvernance, les citoyens ont-ils été floués ? Je vais les exposer dans l’ordre. Premièrement, ils l’ont été par le maintien de l’obligation de vote. En effet, aucun parti politique ne pouvait prendre le risque d’instituer le droit de vote parce qu’ils avaient besoin d’une légitimation de leurs forces respectives pour résister à la volonté de « déshabiller » l’Etat fédéral. Comme nous l’avons vu, au cours des trente dernières années, cela n’a rien empêché. Deuxième motivation : faire barrage aux partis non démocratiques. Si l’objectif était louable, il n’en demeure pas moins que, concrètement, les formations politiques d’extrême-droite n’ont jamais recueilli les faveurs des wallons et des bruxellois. Leurs faiblesses tenaient surtout dans des conditions d’éligibilité drastiques qui interdisent, concrètement, à des partis politiques, extrémistes ou même démocratiques d’ailleurs, de se structurer dans le court et moyen terme. L’excuse ne tenait donc pas non plus. Inversement, au nord, le fameux cordon sanitaire institué depuis presque quinze ans n’a pas fonctionné. Le Vlaams Blok, devenu Vlaams Belang, est fortement implanté en Flandre, comme nous l’avons vu lors du vote en commission de la Chambre. En soit, la légitimité de l’obligation de vote ne tenait sur rien d’autre que de reproduire la domination des partis traditionnels au détriment de la liberté individuelle. En effet, je trouve, personnellement, que l’acte (puisqu’il s’agit d’un acte) de ne pas se déplacer pour aller voter est bien un geste citoyen. Il démontre aux partis politiques en charge de la destiné de la commune, de la province, de la région, de la communauté et de l’Etat fédéral que le citoyen ne lui fait pas confiance. Et le vote blanc ? Il est un acte de protestation moins fort dans le sens où même sans se prononcer en faveur d’un parti quelconque, il démontre que le votant fait néanmoins confiance en un système qui, pourtant, est une négation de la démocratie. Mis à part le Luxembourg, sachons-le, la Belgique est le dernier pays à conserver l’obligation de vote depuis la disparition… de l’Union soviétique. On fait mieux comme référence ! Aussi, si le citoyen doit se réapproprier sa liberté de choix, sa place dans la bonne marche du pays, il doit exiger l’instauration du droit de vote.

Le deuxième problème qui nous a conduit à la situation actuelle, est celui que représente le système qui impose la formation de gouvernement de coalition. Lorsque le citoyen vote pour un parti politique, c’est parce qu’il pense que le programme proposé est pragmatique, réaliste et idéologiquement en adéquation avec ses idées. Le problème se situe au niveau des négociations de la formation du gouvernement. Il faut établir des compromis. Mais comment le constituer avec la majorité des partis politiques, avec des programmes aussi distincts, avec des idéologies parfois aux antipodes, qui se retrouvent autour de la table ? Il faut instaurer des compromis sur des programmes de gouvernement. Et cela ne peut être fait que si les partis édulcorent sensiblement ses objectifs socio-économiques. S’en suit une inévitable paralysie, ou semi paralysie, inévitable parce qu’aucun des partis concernés ne voudra être l’élément perturbateur (dans un système fédéral en perpétuelle instabilité) ou risquer de créer un clash qui pourrait le conduire à ne pas faire partie du gouvernement suivant. Mais alors, que vaut le programme d’un parti politique, programme qui ne sera jamais appliqué aux différents niveaux de gouvernement ? Il ne sert à rien puisque les citoyens n’ont aucun pouvoir de sanction avant les élections suivantes, pouvoir limité par l’obligation de vote. En somme, le système est très bien cadenassé. Les élus peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Le troisième problème tient dans le fait que le référendum n’est pas prévu par la constitution. Qu’est-ce que le référendum, sinon la possibilité des citoyens de s’exprimer sur des sujets importants qui concernent la commune, la région, la communauté ou le fédéral. Cette procédure, très utilisée au Etats-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Suisse au niveau local ou régional, moins souvent en France, en Irlande, en Angleterre, en Irlande, en Pologne, permet de sanctionner un gouvernement, de se prononcer sur une politique ou un projet qui implique le pays dans sa totalité. Ainsi, les néerlandais et les français ont rejeté la Constitution européenne, les irlandais vont se prononcer sur le nouveau texte (qui est une Constitution qui ne porte pas son nom, mais en a la consistance), le parlement français s’est ensuite prononcé en sa faveur en veillant bien à ce que les citoyens n’aient pas leur mot à dire, les suisses se sont prononcés contre l’adhésion de leur pays à l’Union européenne. En Belgique, cette procédure, qui est la plus démocratique existante, n’est non pas prévue par la Constitution, mais les partis politiques, au nord comme au sud, n’en veulent pas. Ainsi, sur ce principe, les belges n’ont pas eu à se prononcer sur le projet de traité constitutionnel européen, et ont été tenus dans l’ignorance de ce que cela impliquait parce que le document, qui allait pourtant changer leurs vies quotidiennes, n’avait pas été distribué. C’est la Chambre et ses députés, qui se sont prononcés sur le texte, l’ont adopté en suivant scrupuleusement ce qu’on appelle communément « la ligne du Parti ». D’ailleurs, il est très étonnant qu’il y eu si peu de voix discordantes et encore moins de débats structurés dans les médias. Cela s’ajoutant au cadenassage du système politique, plus aucun opposition ne pouvait se créer. Dans le débat actuel, l’usage du référendum serait d’un grand secours et clarifierait les positions des uns et des autres, partis politiques comme citoyens du nord et du sud. En effet, si le référendum était organisé sur la base : est-ce que vous voulez que la Flandre se sépare de la Wallonie, et qu’il n’intéresse que les flamands, nous pourrions avoir deux possibilités claires : les flamands veulent la séparation et alors on discute des modalités du divorce et nous en avons fini des interminables et fréquents débats institutionnels, il ne le veulent pas et alors les et les autres cherchent une manière de vivre ensemble moderne et durable. Dans un cas comme dans l’autre, la situation sera claire. Pourtant, là aussi, le recours au référendum ne peut être parce qu’il remettrait en cause la toute puissance des partis politiques dans le débat citoyen, mais en plus, pour bon nombre d’entre eux (les séparatistes et l’extrême droite), il ruinerait leur fond de commerce et verraient leur pouvoir de nuisance considérablement et durablement diminué. On comprend bien mieux présent, que le système politique n’a aucun intérêt à ce que les citoyens se prononcent sur ce que leurs vies doivent devenir.

Il va bien falloir que les citoyens se réapproprient un jour leur pays , et donc leurs pouvoirs démocratiques.

Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil

Gustavol
Invité


Revenir en haut Aller en bas

nous n'y sommes pas encore

Message  marco le Dim 18 Mai - 19:41:25

Cette théorie se tient mais il ne semble pas que les belges aient conscience que ce pays n'ait plus d'avenir. la Belgique ne tient que sur une grande illusion dans lequel tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. Et si quelque chose vient remettre en cause cette grande hypocrisie, c'est la panique à bord. On ressert les coudes et on baisse la tête en priant saint Albert de venir à leur secours. mais ce qui pathétique surtout, c'est que les belges ne sont pas encore en mesure, psychologiquement, de comprendre qu'ils sont victimes d'hallucinations.

marco
Invité


Revenir en haut Aller en bas

prenons nos responsabilités

Message  liegeois le Jeu 22 Mai - 11:46:20

je vais souvent sur des forums de discussion et il revient souvent la chose suivante : que les politiciens prennent leurs responsabilités. Moi, je dis : prenons leurs responsabilités par la désobéissance civile. Votons blancs aux prochaines élections pour leur montrer que nous ne marchons plus dans leurs combines !

liegeois
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Pourquoi le PS ?

Message  jeremyna le Jeu 22 Mai - 22:17:05

L'article est bien fait et très crédible. mais pourquoi avoir choisi la photographie d'Elio Di Rupo sur fond rouge PS ? Le PS n'est pas exempt de tout reproche dans la situation inextricable actuelle, mais il n'est pas le seul. En fait, ils sont tous responsables avec leur immobilisme chronique.

jeremyna
Invité


Revenir en haut Aller en bas

AVEC LES LEADERS QU'ON A...

Message  lionslee le Dim 25 Mai - 21:46:56

AVEC LES LEADERS QU'ON A, ON DIRAIT QUE LA SITUATION LEUR CONVIENT. CA LEUR PERMET DE CONSERVER LEUR POSTE. ET NOUS LA DEDANS ?

lionslee
Invité


Revenir en haut Aller en bas

pas encore réglée cette affaire ?

Message  Camaro75 le Lun 26 Mai - 20:34:22

elle n'est pas encore réglée cette affaire ? je ne connais pas bien la Belgique, mais ce que je crois, c'est que ça dure un peu trop longtemps. merci quand même pour l'explicatif de la situation actuelle.

Camaro75
Invité


Revenir en haut Aller en bas

traduction du commentaire de Natalia

Message  jimmyolsen le Jeu 29 Mai - 16:45:33

Cela donne à peu près ceci :

la belgique n'existe pas. Il y a deux communautés qui ne s'aiment pas et qui ne veulent pas vivre ensemble. Alors pourquoi insister ? Moi, je n'aime pas la Belgique parce qu'il y a trop de tension. même si je ne suis pas belge, je dis ce que je pense. De plus, le problème est que les politiciens belges ne veulent pas rêgler les problèmes. Ils aiment être dans la difficulté parce que cela leur permet de rester au pouvoir. Ils se partagent le gouvernement comme cela rien n'est résolu. Je suis russe, donc je parle russe.
avatar
jimmyolsen
Admin

Nombre de messages : 391
Date d'inscription : 23/04/2008

Feuille de personnage
openplay:

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Qu'on en finisse !

Message  JEK le Mer 4 Juin - 19:07:26

Qu'on en finisse avec ce pays qui ne rime à rien, qui fait passer ses habitants pour des bouffons, ses dirigeants pour des incompétants. Nous ne pouvons plus tolérer davantage que nos impôts servent à financer des commissions de pseudo experts et de politiciens qui n'ont aucunement intérêt à ce que la situation s'arrangent.

JEK
Invité


Revenir en haut Aller en bas

convainquant

Message  jam45BXL le Jeu 19 Juin - 14:47:54

je dirai juste que cette présentation de la situation belge est convainquante. Ancienne, mais bel et bien convainquante. Mais cela ne présente pas vraiment de proposition à notre problème. parce que la Belgique n'éclatera pas. Personne ne le veut vraiment. Tout cela n'est que de la poudre aux yeux politicienne destinée à détourner les citoyens des vrais problèmes socio-économiques. Quand 41% des pensionnés vivent sous le seuil de pauvreté à cause d'une influation galoupante (et dont les chiffres officiels sont traffiqués), qu'ils n'ont aucune idée de nous sortir de ce marasme, alors on te sort BHV et le tour est joué.

jam45BXL
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Belgique : retour vers le futur

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum