La Syrie a-t-elle besoin de la Russie?

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La Syrie a-t-elle besoin de la Russie?

Message  thierry.F le Dim 21 Déc - 20:42:39



Le président syrien Bachar al-Assad arrive mercredi à Moscou pour sa troisième visite en Russie. En janvier 2005, lors de son premier passage dans la capitale russe, les négociations avaient porté sur les questions économiques: règlement des problèmes de la dette et recherche de moyens de revenir à un niveau de coopération économique et commerciale comparable à l'époque soviétique. Lors de sa deuxième visite, l'accent avait été mis sur les problèmes du Proche-Orient, et en particulier ceux de la Syrie, qui subissait alors un isolement pénible initié par les Etats-Unis et l'Union européenne. Qu'est-ce qui caractérise cette nouvelle visite de Bachar al-Assad, qu'est-ce qui a changé dans les rapports entre Moscou et Damas depuis sa première visite en Russie?
La première particularité est la nécessité pour le leader syrien de faire connaissance avec le nouveau président russe. Bien que la politique étrangère russe n'ait pas changé après l'élection de Dmitri Medvedev, les rapports personnels entre dirigeants jouent toujours un rôle important, surtout s'agissant du Proche-Orient. Bachar al-Assad avait trouvé un langage commun avec l'ancien président russe Vladimir Poutine, mais leurs relations ne peuvent être qualifiées de proches, à la différence, par exemple, des rapports qu'entretient Poutine avec le roi Abdallah II de Jordanie. Bien que la sympathie soit un sentiment difficile à prévoir, avant même la rencontre Assad-Medvedev, on peut dire que les deux présidents ont en commun la passion des nouvelles technologies et d'Internet. C'est déjà beaucoup pour entamer les relations entre les deux hommes sur une base solide. D'autant qu'une réelle base pour le développement des rapports entre les deux pays existe depuis plusieurs années déjà.
Il est significatif que Bachar al-Assad arrive littéralement un mois et demi après la signature par Dmitri Medvedev de la loi sur la ratification de l'accord intergouvernemental entre la Russie et la Syrie sur le règlement de la dette syrienne. L'entente était intervenue au cours de la première visite du président al-Assad à Moscou, et l'accord avait été signé en mai 2005.
Selon les déclarations faites à l'époque, le règlement des problèmes de la dette était appelé à donner une impulsion au développement de la coopération économique et commerciale, l'objectif posé était d'atteindre un milliard de dollars de chiffre d'affaires pour les échanges commerciaux. Celui-ci a été atteint: en 2007, ce chiffre s'est établi à environ 1,08 milliard de dollars. En 2006, cet indice se situait à 635 millions de dollars, en 2005, à 459,8 millions, et en 2004, à 340 millions. Théoriquement, la ratification de l'accord sur le règlement des problèmes de la dette doit permettre d'intensifier encore plus la coopération entre les deux pays, surtout si l'on prend en considération le fait qu'une partie de la dette syrienne (2,11 milliards de dollars) doit être virée sur un compte à la Banque centrale de Syrie afin d'être dépensée pour la réalisation de contrats russes.
D'ailleurs, cette somme ne suffit pas à garantir la solidité des rapports économiques entre les deux pays, surtout à la lumière de la situation politique autour de Damas, qui change peu à peu. Cette période de renaissance des rapports russo-syriens (2005-2007) fut aussi celle de l'isolement de la Syrie vis-à-vis de l'Occident, en premier lieu de la France, partenaire traditionnel, et des Etats-Unis, dont les contacts avec Damas s'étaient considérablement intensifiés dans les premières années de présidence de Bachar al-Assad. Cependant, après le déclenchement de la guerre en Irak, l'attitude de Washington envers la Syrie commença à changer graduellement. La Syrie fut classée par le président américain George W. Bush dans "l'axe du mal", avant d'être accusée de soutenir les terroristes en Irak. La situation s'aggrava encore après l'assassinat, en février 2005, de l'ex-premier ministre libanais Rafic Hariri, Damas étant soupçonné d'avoir organisé ce meurtre.
La Syrie risquait potentiellement de connaître le même sort que l'Irak ou la Yougoslavie. De véritables joutes politiques eurent lieu autour de Damas, surtout au Conseil de sécurité de l'ONU où la Russie était le principal soutien des Syriens. Moscou joua aussi bien le rôle de défenseur que celui de médiateur. Il insistait sur plus de souplesse, de la part de la communauté internationale comme de la part de Damas. C'est justement la Russie qui empêcha que la Syrie ne devienne définitivement un paria dans l'arène internationale. Ce soutien politique fut naturellement le gage d'un développement de la coopération économique et commerciale.
A présent, la situation a radicalement changé. Après le règlement de la crise politique interlibanaise et l'adoption de la décision d'établir des relations diplomatiques entre Damas et Beyrouth, l'attitude de l'Occident à l'égard de la Syrie a de nouveau commencé à évoluer, cette fois, dans le bon sens. La France a pardonné à la Syrie. En juillet dernier, Bachar al-Assad s'est rendu en visite à Paris, pour la première fois depuis plusieurs années. Washington a également changé de rhétorique à l'égard des Syriens. C'est, entre autres, la reprise des négociations de paix syro-israéliennes, interrompues en 2000, qui a contribué à ce réchauffement.
A présent, il est difficile de qualifier la Syrie de paria, au contraire, Damas est chargé d'une mission de médiation dans le règlement du problème nucléaire iranien, une participation plus active au règlement de la crise interpalestinienne est également possible, ainsi qu'au processus de paix dans son ensemble. Ce qui se produit aujourd'hui, à savoir le renoncement à l'isolement de la Syrie dans le règlement des problèmes régionaux, est ce à quoi la Russie a toujours appelé. Mais quelles en seront les répercussions sur les rapports entre Damas et Moscou? La Syrie a-t-elle besoin aujourd'hui de la Russie et des entreprises russes? Ou bien les accords conclus seront-ils résiliés sous divers prétextes, au nom de l'établissement des contacts entre Damas et Paris, Damas et Washington?
Certes, aucun retour au niveau le plus bas des relations russo-syriennes n'aura lieu, mais leur développement pourrait toutefois ne pas s'avérer aussi dynamique qu'attendu. D'ailleurs, les Russes qui ont travaillé ces dernières années au Proche-Orient ont appris à ne pas se faire de fausses illusions et à évaluer lucidement la situation, car les affaires sont un jeu, de même que la politique, et le succès peut rapidement changer de camp. Néanmoins, Moscou reste invariablement persuadé que la Syrie, un des principaux acteurs de la région, ne changera pas, que la conjoncture politique n'influera pas sur elle.
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